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Pascal Pavageau, nouveau secrétaire général de FO, élu sur une ligne clairement contestataireFO aux accents de l’Internationale

Chronique du 30 avril 2018

Après 14 ans de bons et loyaux services de Jean-Claude Mailly, le congrès qui s'est tenu à Lille du 23 au 27 avril, et qui a entériné la nomination d'un nouveau secrétaire général à la tête de Force Ouvrière, ne s'est pas passé facilement.

Pascal Pavageau, désormais dirigeant de FO, annonce en effet qu'il va durcir la ligne politique de la centrale. Il n’exclut plus désormais la notion d'une grève se voulant interprofessionnelle et il entend se rapprocher des autres syndicats, c'est-à-dire de se positionner par rapport à la CGT comme au bon vieux temps de Marc Blondel (1989-2004). Bien oubliée l'époque (1963-1989) où André Bergeron, qui, lui, avait commencé sa carrière à 14 ans comme apprenti typographe, avait fait de la centrale un foyer de résistance au totalitarisme marxiste et tint à l'écart l'influente aile trotskiste de l'organisation.

Pascal Pavageau a été élu, seul candidat pour succéder à Jean-Claude Mailly, le 27 avril dernier jour du Congrès. L'avant-veille, le bilan de son prédécesseur avait été adopté à une très courte majorité, et le 26 au matin, l'ancien secrétaire général n’est pas réapparu.

Si Pascal Pavageau a obtenu 97 % des voix, soit 5 841 voix sur 6 032, deux candidats au bureau confédéral ont fait mieux que lui Patrick Privat avec 6 003 voix et Philippe Pihet avec 5 974.

La séance plénière du 26 au matin a vu l'annonce officielle de l’élection du nouveau secrétaire général et celle des différentes résolutions qui définissent la ligne future de la centrale. Elle a marqué les divisions, entre contestataires plus ou moins trotskistes, et réformistes, un clivage de plus en plus net.

Significativement, le candidat le moins bien réélu au bureau confédéral Michel Beaugas, qui obtint 4 388 voix, 73 % des suffrages, était sanctionné pour son rôle de négociateur sur le droit du travail, jugé trop conciliant vis-à-vis des réformes Macron et des ordonnances.

Les contestataires, trotskistes et anarchistes ont voulu désavouer Jean-Claude Mailly pour son attitude face au nouveau gouvernement et dans la lutte contre les ordonnances visant à modifier le droit du travail.

En pleine séance plénière le 26, la fédération de la métallurgie a vigoureusement demandé que le texte de la résolution concernant le "social, l’emploi et le travail", qui ne lui avait pas été remise, le soit, afin de voter en connaissance de cause. "C’est une nouvelle forme de démocratie", a ainsi protesté Frédéric Homez, secrétaire général de la Fédération de la métallurgie. Pour lui donner satisfaction, le débat a été interrompu pour lire à la tribune le texte interminable et fastidieux de cette résolution.

Cependant, Pascal Pavageau, dans son discours de clôture a prétendu conclure que "si l’indépendance est un combat, l’unité est toujours une réalité à FO". Après une semaine de congrès très agitée, Force Ouvrière a donc voulu montrer son unité, avec le vote de la résolution générale, adoptée à l’unanimité en commission, et entérinée par presque tous les militants. "La ligne définie par les militants est claire et largement partagée", s’est félicité le nouvel élu.

Le syndicat pouvait difficilement continuer à afficher ses divisions alors même que se tiendront début décembre, les élections syndicales de la fonction publique.

La résolution générale adoptée marque pourtant un durcissement de la ligne de FO, par rapport celle défendue jusqu’ici par Jean-Claude Mailly. FO revient aux fondamentaux de la contestation : "Le Congrès affirme en particulier son total soutien aux cheminots en grève depuis plusieurs semaines, et à la fédération FO des cheminots. Le Congrès exige le retrait du projet de loi, le maintien d’un statut particulier des cheminots, ainsi que le maintien du service public ferroviaire", affirme la résolution générale.

Quant au discours de Pascal Pavageau, il ne laisse aucun doute sur son intention de faire plier le gouvernement, sur ce qu’il considère être un vrai recul des droits sociaux, par les différents textes en cours d’adoption. Il a réaffirmé son attachement à ces mêmes droits sociaux, aux statuts et à la protection pour tous. Le Medef a été copieusement conspué, mais la principale cible était l’exécutif et le président de la République. "Les reculs sociaux ne se négocient pas, ils se combattent", "la France ne peut pas devenir une start-up", ou encore "le gouvernement fait une politique pour les 10 % des premiers de cordée au détriment des 90 % des derniers de corvée", etc. ...

Concernant les ordonnances sur le droit du travail par exemple, la centrale durcit la ligne de Jean-Claude Mailly, en demandant leur abrogation. Quant à la future réforme des retraites, Pascal Pavageau a également été parfaitement démagogique : "Nous refusons la retraite pour les morts".

Il a esquissé l'avenir d'une centrale qui s’oppose à tout et qui renoue avec le combat. "Nous allons tenir, faire bloc, résister, revendiquer et reconquérir de nouveaux droits", a-t-il déclaré. Il va tenter une "unité d’action", sa manière à lui de parler de la convergence des luttes, très connotée CGT. Pour parvenir à cette "unité d’action interprofessionnelle et intersyndicale", il va aller dialoguer avec d’autres centrales, "dès la semaine prochaine", comme avait commencé à le faire Jean-Claude Mailly.

"Compte tenu de l’extrême gravité de la situation et des risques qui se profilent pour les travailleurs, les droits sociaux, notre modèle social et les valeurs républicaines, le congrès considère que la perspective d’une mobilisation interprofessionnelle est aujourd’hui nécessaire, y compris par la grève", proclame la résolution générale.

Le congrès s’est terminé aux accents de l’Internationale.

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