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Ivan MarquezColombie : échec de la paix avec les FARC

Chronique du 24 avril 2018

En 2016, le président colombien Juan Manuel Santos avait été attributaire d'un Prix Nobel, au titre de son accord avec les FARC, présenté comme processus de paix. En réalité ce processus n'était pas accepté par l'opinion majoritaire des Colombiens. Ceux-ci ont d'abord refusé par référendum, contre toute attente, le 2 octobre 2016, d'approuver l'accord. Cette année, le 11 mars les élections législatives n'ont donné aux ex-guérilleros que 0,4 % des voix. Le Centre démocratique de l'ancien président Alvaro Uribe, opposé aux accords de paix avec les Farc, a remporté une large victoire.

Santos quittera ses fonctions en août. Les sondages donnent actuellement l'opposition gagnante, qui combat sa politique de main tendue.

Au moment où d’anciens guérilleros des FARC reprennent les armes, la paix est-elle donc vouée à l’échec en Colombie ? C'est la question que Marie Delcas, correspondante à Bogota, juge utile de se poser dans Le Monde en ligne le 23 avril :

Quinze mois après la signature de l’accord de paix avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), les difficultés s’accumulent. Dans les ministères, à Bogota, comme dans les régions périphériques du pays, le pessimisme s’est installé. La réinsertion des guérilleros démobilisés a pris du retard. Les projets de développement rural n’ont pas encore vu le jour. Mauvaise gestion, lourdeurs bureaucratiques ou corruption ? Les fonds pour financer l’après-conflit n’ont été que très partiellement débloqués.

Au cours de la première quinzaine d’avril, l’arrestation d’un ancien chef guérillero demandé par les États-Unis et l’assassinat d’une équipe équatorienne de journalistes ont contribué à renforcer le défaitisme ambiant. Dans le sud du pays comme ailleurs, l’armée colombienne n’a pas réussi à reprendre le contrôle de régions longtemps dominées par les FARC, ni à mettre fin au trafic de cocaïne. Le 11 avril, huit policiers ont été tués dans le nord-ouest. Depuis cinq jours, la région du Catatumbo (nord-est) est complètement paralysée par les groupes armés qui s’en disputent le contrôle.

Jeudi 19 avril, en présentant à New York son rapport trimestriel au Conseil de sécurité de l’ONU, le chef de la mission onusienne locale, le Français Jean Arnault, a demandé au gouvernement colombien de "réaliser un effort soutenu pour accélérer la réintégration des ex-guérilleros", faute de quoi "le risque de les voir rejoindre les groupes criminels ne pourra qu’augmenter". L’inquiétude est d’autant plus vive que plus de quarante guérilleros démobilisés ont déjà été assassinés. Les défenseurs des droits de l’homme et les leadeurs paysans – notamment ceux qui militent pour la restitution des terres aux agriculteurs ou l’arrachage des cultures illicites – sont également exposés : 121 ont été tués en 2017, selon l’ONU. Et le rythme n’a pas diminué en 2018, selon M. Arnault.

"Le processus de paix est à son point le plus critique et menace d’être un véritable échecv, déclarait l’ancien commandant guérillero Ivan Marquez, en apprenant la détention de son camarade Seuxis Hernandez, alias Jesus Santrich, le 9 avril. Sur la base de photos et d’enregistrements, les Américains accusent Santrich d’avoir tenté d’exporter 10 tonnes de cocaïne. Le prisonnier, qui nie les faits, a entamé une grève de la faim, qu’il promet de mener "jusqu’au bout". Jeudi, le parti politique issu de la guérilla (la FARC, pour Force alternative révolutionnaire commune) exigeait "la libération immédiate de Jesus Santrich et celle de 600 guérilleros encore sous les verrous".

"La base est en train de perdre confiance. Comment expliquer aux guérilleros que la paix vaut le coup s’ils ne trouvent pas de travail, si le parti ne leur offre pas de perspectives politiques et si leurs chefs se font mettre en prison ?", soupire un responsable de la FARC à Bogota. En mars, le nouveau parti a essuyé un revers aux élections législatives, en recueillant moins de 0,5 % des voix dans l’ensemble du pays.

Combien sont les "dissidents", ces guérilleros des FARC qui ont refusé de rendre les armes ou qui les ont déjà reprises ? Un récent rapport de la Fondation Ideas para la Paz (Idées pour la paix, FIP) estime qu’ils sont plus de 1 200. En privé, un responsable du ministère de la défense admet que le chiffre doit probablement être encore revu à la hausse. Les dissidents des FARC vivent de trafics illicites, à commencer par la cocaïne et l’or. À en croire le gouvernement, ils ont perdu toute référence idéologique. Plus nuancé, le rapport de la FIP évoque de fortes différences selon les régions.

Dans le sud du pays, le groupe de Guacho, qui opère à la frontière avec l’Equateur, serait au service des "narcos". L’enlèvement et l’assassinat de deux journalistes du quotidien El Comercio de Quito et de leur chauffeur ont provoqué, des deux côtés de la frontière, une vive réaction des pouvoirs publics. La Colombie a déployé plus de 4 000 soldats d’élite pour tenter de mettre la main sur Guacho.

En Équateur, conclut la correspondante du Monde, le triple assassinat est vécu comme une tragédie, et le risque de contagion du narcoterrorisme comme un défi. Accusé d’avoir mal géré la crise des otages, le président Lenin Moreno tente de se montrer ferme. Il a fait savoir mercredi que l’Equateur refusait désormais d’héberger les négociations de paix entre le gouvernement colombien et la guérilla de l’ELN ("Armée de libération nationale") tant que l’organisation armée "ne cesserait pas ses actions terroristes". Les difficiles négociations se tenaient depuis février 2017 près de Quito. Le gouvernement colombien a fait savoir qu’elles se poursuivront dans la capitale d’un autre pays de la région. Le cessez-le-feu "unilatéral et provisoire" décrété en septembre 2017 à l’occasion de la visite du pape n’ayant pas été prorogé en janvier, l’ELN a repris ses attaques.

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