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les funérailles de Winnie ex-Mandela Afrique du sud : les funérailles de Winnie ex-Mandela

Chronique du 18 avril 2018

Le 14 avril à Johannesburg s'est déroulée une cérémonie d’hommage à Winnie Madikizela, l'ex épouse de Nelson Mandela, décédée le 2 avril. Ce fut l'occasion pour le correspondant du Monde M. Jean-Philippe Rémy, de dresser un panégyrique irréel de celle qu'il qualifie de "mère de la nation , "icône anti-apartheid", "dans les gradins, il y a le peuple qui l’aimait tant", etc.

Toutefois, dans son reportage si élogieux, transpire la réallité du désaveu qui l'entourait depuis sa rupture avec la ligne pacifique adoptée par l'ANC. Dans un précédent article étonnement indulgent publié par Le Monde Jean-Philippe Rémy, lui-même avait ainsi écrit : "les dernières années, elle restait proche de son parti de toujours, l’ANC Congrès national africain, mais s’intéressait de près aux activités de EFF, les Combattants pour la liberté économique de Julius Malema. Elle faisait un peu la vestale pour ces jeunes radicaux qui jouent avec le feu, comme elle aimait tant."

Avec le feu elle ne faisait pas que "jouer".

Ayant mis en pratique le slogan "un boer, une balle", le 13 avril 1985, à Munsieville, elle prononce un discours dans lequel elle justifie le supplice du pneu enflammé autour du cou des "traîtres" noirs : "Avec nos boîtes d'allumettes, déclarait-elle, et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays".

Le 24 avril 2003, elle fut reconnue coupable par la justice sud-africaine de 43 accusations de fraudes, de 25 accusations de vols et son frère, Addy Moolman, est lui aussi condamné. Elle est condamnée à quatre ans de prison. Elle est également condamnée pour avoir assisté à des séances de tortures à Soweto, visant des jeunes, présumés indicateurs, par sa garde personnelle.

Winnie n'avait plus rien en commun avec Nelson Mandela dont elle était séparée depuis 1992. Elle avait déclaré, en 2013 : "L’année prochaine, nous irons aux élections mais je ne sais pas ce que nous, en tant qu’ANC, pourrons dire au peuple. Nous aurons un bilan qui nous enlèvera toute crédibilité. Quand je pense au degré de corruption dans nos rangs, au nombre de nos cadres aussi incompétents que voleurs. Ce qui se passe contredit totalement ce pourquoi nous nous sommes battus. Maintenant, notre combat porte sur le nombre de voitures au garage et l’épaisseur de notre portefeuille d’actions dans l’industrie minière."

On comprend mieux, dans un tel contexte, le désamour que déplore le correspondant du Monde, quand il écrit :

(…) Winnie Mandela a payé, au sein de son propre parti. Pendant les années qui ont suivi la fin de l’apartheid, elle n’a été qu’un temps à la tête de la Ligue des femmes de l’ANC, et bien que présente dans le Comité exécutif national, n’a jamais occupé l’un des six postes de direction du parti. Thabo Mbeki, l’ancien président, la jugeait "populiste" et n’a jamais caché le dédain qu’elle lui inspirait.

Ils s’étaient du reste écharpés sur un sujet brûlant. Alors que le chef de l’Etat était arrivé à la conclusion que le sida n’existait pas, selon une série de raisonnements torturés, Winnie Mandela, elle, clamait haut et fort que cette opinion était criminelle, conduisant à laisser mourir des foules de malades faute de traitement. Personne n’a oublié, dans le stade d’Orlando Ouest. Lorsque le nom de Thabo Mbeki est cité parmi les personnalités assistant à la cérémonie, il est copieusement hué. Pendant les heures qui suivent, masque de cire, il reste tétanisé, alors que le stade tout entier donne libre cours à son émotion, ondule, chante, applaudit…

Winnie Mandela, jamais, n’a laissé indifférent. Et Zenani prend les accents de cette femme toujours debout malgré les duretés de la vie, pour dire son courroux, de l’avoir vue jugée avec tant de sévérité alors que le même traitement était épargné "à ses homologues masculins… Nous nous sentons offusquées (avec sa sœur) qu’on l’ait dépeinte comme un monstre, un démon."

Accuser, c’est aussi ce qu’a choisi de faire Julius Malema, le Commandant en chef des Combattants pour la liberté économique (EFF, Economic Freedom Fighters), pour lesquels Winnie Mandela était une source d’inspiration. Dès les premiers mots, il enfourche son thème de bataille, "l’expulsion des terres sans compensation » des fermiers blancs, mais aussi la "nationalisation des banques et des mines", la base de son programme.

S’il est une personne qui, en Afrique du Sud, avait identifié très tôt la question de la terre comme étant d’une force symbolique et matérielle sans pareil, c’est bien Winnie Mandela. Elle avait même reproché à Nelson Mandela d’avoir trop concédé au pouvoir blanc lors des négociations des années 1990, notamment en acceptant qu’on garantisse par un article de la constitution la protection de la propriété privée. C’est ce verrou qu’il est envisagé de faire sauter désormais. Une réforme de la constitution allant dans ce sens est désormais à l’étude

Mais Julius Malema va plus loin. Il accuse certains des invités présents de faire partie de ceux qui ont contribué à la diabolisation de Winnie Mandela. "Tu as été trahie par les tiens. Certains de ceux qui t’ont vendue au régime (de l’apartheid), ils sont là et ils pleurent plus fort encore que ceux qui ont été à tes côtés. » Il implore alors, de manière rhétorique, l’esprit de Winnie Mandela, de lui "envoyer un signal pour savoir comment on doit traiter ces gens", et le sous-entendu est lourd d’une violence encore verbale, mais qui menace le futur.

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