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frappes occidentales du 14 avrilSyrie : Pourquoi Ankara approuve les frappes

Chronique du 17 avril 2018

À la suite des frappes occidentales, opérées dans la nuit du 13 au 14 avril, contre les armes chimiques syriennes, on pouvait relever dans les fils d'actualité les informations ci-dessous :

   • à 8 h 35, le 14 avril. La Turquie juge "appropriées" les frappes contre la Syrie. Ankara salue "une opération qui exprime la conscience de l'humanité tout entière face à l'attaque de Douma". La Turquie a jugé samedi [14 avril] que les frappes occidentales visant le régime syrien constituaient une "réaction appropriée" à l'attaque chimique présumée menée il y a une semaine à Douma qui a fait des dizaines de morts. "Nous saluons cette opération qui exprime la conscience de l'humanité tout entière face à l'attaque de Douma que tout porte à attribuer au régime" syrien, a affirmé un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.
   • à 12 h 15. Ankara informé. La Turquie était informée des frappes avant le lancement de l'opération, a affirmé sur CNN Turquie le porte-parole du Parti de la justice et du développement, l’AKP, parti présidé par Recep Tayyip Erdogan.
   • à 21 h 15. Emmanuel Macron veut travailler avec la Turquie. L'Élysée indique qu'Emmanuel Macron a appelé le président turc Recep Tayyip Erdogan. Le président français souhaite "intensifier" la "concertation" avec la Turquie en vue d'une "solution politique" pour la Syrie.

La Turquie est un acteur essentiel de la guerre civile syrienne depuis 2012. Les dirigents turcs avaient entrepris, fin 2017, un rapprochement spectaculaire avec le gouvernement russe. En janvier 2018, l'armée turque, franchissant ouvertement la frontière, entrait en Syrie pour s'emparer d'Afrine et de la partie ouest de la Rojava, territoire contrôlé par les Kurdes syriens, que les Turcs et leurs alliés ont conquis le 18 mars, ceci sans que les Russes n'interviennent.

Voici comment, le 16 avril, le site russe Sputnik [ex-RIA Novosti] présentait la situation nouvelle résultant des frappes occidentales et expliquait la divergence actuelle :

Pourquoi la Turquie a soutenu les frappes de la coalition occidentale contre la Syrie.

Dossier : Traduction de la presse russe (avril 2018)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et plusieurs autres représentants officiels du pays ont exprimé leur soutien aux frappes des États-Unis et de leurs alliés contre la Syrie.

En dépit de l'absence de preuves concernant l'usage de l'arme chimique par les forces gouvernementales syriennes, Erdogan a qualifié l'opération des pays occidentaux de juste et de justifiée. Les experts pensent qu'avec cette rhétorique le dirigeant turc espère défendre les intérêts du pays au nord de la Syrie.

Selon le site de la chaîne RT [Russia Today].
"La Turquie salue l'opération en Syrie devenue une réponse à l'attaque chimique qui a eu lieu le 7 avril dans la ville de Douma. L'opération militaire contre le régime d'al-Assad a été une manifestation de la conscience de l'humanité", cite l'agence de presse Anadolu la déclaration du ministère des Affaires étrangères de la Turquie. Et de préciser que la Turquie a de "sérieuses raisons" de soupçonner les partisans du président syrien Bachar al-Assad d'être impliqués dans l'usage de substances chimiques toxiques à Douma.

Le territoire syrien a été attaqué par les forces américaines, françaises et britanniques samedi 14 avril. Après quoi le chef du comité d'états-majors des forces armées américaines le général Joseph Dunford a précisé que les bombardements visaient un centre de recherche à Damas, un dépôt avec des "armes chimiques" dans l'ouest de Homs et un autre site où, selon la coalition, pourraient être stockées des armes chimiques. De leur côté les médias syriens ont annoncé que la frappe des pays occidentaux avait touché des civils syriens.

Selon le dirigeant turc, les frappes contre les sites syriens feront comprendre au gouvernement syrien que ses massacres "ne resteront pas impunis".

Cette déclaration tonnante a été précédée par une conversation téléphonique du président turc avec la première ministre britannique Theresa May, qui a parlé au premier de l'opération de Washington, de Londres et de Paris contre Damas.

Le président turc a souligné pendant cette conversation que la Turquie "condamnait ouvertement depuis le début l'utilisation de l'arme chimique en Syrie". Dans le même temps Recep Erdogan a appelé à empêcher l'escalade du conflit autour de la Syrie. Et d'ajouter que le seul moyen d'établir la paix et la stabilité durable en Syrie était un règlement politique.

Vladimir Akhmedov de l'Institut d'études orientales affilié à l'Académie des sciences de Russie a déclaré qu'avant la guerre civile en Syrie les relations entre Damas et Ankara étaient déjà compliquées. Selon le spécialiste (1), pendant les 7-8 premiers mois la Turquie ne s'ingérait pas dans la guerre civile sur le territoire syrien en essayant d'influencer le président syrien Bachar al-Assad via ses canaux pour calmer la situation dans le pays.

"Et quand la guerre civile en Syrie est devenue un fait accompli, la Turquie a été mécontente de voir que son rival géopolitique, l'Iran, joue un rôle-clé dans les événements en Syrie. Ce n'est pas la première fois que les deux puissances entrent en conflit pour cette région. C'est alors que la Turquie a commencé à soutenir activement une partie de l'opposition syrienne armée, l'Armée syrienne libre a été formée grâce au rôle central de la Turquie dans sa création", explique Vladimir Akhmedov.

Et de poursuivre qu'Ankara a soutenu l'opération actuelle de la coalition occidentale pour deux raisons. L'une d'elles est qu'Ankara a approuvé simplement par inertie les agissements des alliés de l'Otan. "Sachant que les Turcs n'ont pas apporté leur aide militaire en se limitant seulement à l'approbation des actions des USA, de la France et du Royaume-Uni", souligne le spécialiste.

D'après lui, la raison encore plus importante d'Ankara (2) sur la situation autour de la Syrie est qu'aujourd'hui la Turquie tente de renforcer ses positions dans les provinces d'Idleb et d'Alep, où se trouvent des groupes armés d'opposition syrienne sous son contrôle.

Andreï Tchoupryguine de l'École d'études orientales du Haut collège d'économie a noté que le principal objectif de la participation turque aux événements syriens actuellement consistait à empêcher la formation d'entités étatiques kurdes sur le territoire syrien.

Notes :

(1) Le "spécialiste de l'Académie des sciences de Russie" Vladimir Akhmedov semble mal informé. Avant le déclenchement de la révollution syrienne de 2011, les relations turco-syriennes semblaient excellentes.

(2) Une troisième raison au moins aussi importantes semble ici échapper au"spécialiste de l'Académie des sciences de Russie" Vladimir Akhmedov : Erdogan pourrait bien avoir réalisé, notamment lors de ses entretiens la semaine précédentes avec Theresa May, que les démocraties sont peut-être moins faibles qu'il ne le pensait jusqu'ici.

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