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Martinez secrétaire général de la CGT

CGT : Martinez joue à la convergence des luttes

Chronique du 16 avril 2018

Le 15 avril, le secrétaire général de la CGT était invité de l'émission Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Il a notamment déclaré : "On doit pouvoir trouver un terrain d'entente sur un certain nombre de revendications et le 1er mai pourrait être une occasion d'exprimer non seulement la solidarité à ceux qui luttent mais de proposer des alternatives… Nous voulons et nous pensons qu'il est nécessaire que l'ensemble des organisations syndicales se mettent d'accord, pas sur tout, il y a des différences. Mais, vu la situation, alors qu'il y a unité syndicale chez les cheminots, chez les fonctionnaires, à Air France, à Carrefour, pourquoi nationalement nous ne donnons un signe pour dire que nous soutenons ces mobilisations, en pointant quelques enjeux revendicatifs clairs, la question de l'emploi, des salaires... Le 1er mai est une journée où peu de gens travaillent", cela peut être "l'occasion de montrer son mécontentement".

Martinez dit donc "souhaiter qu'il y ait beaucoup de monde" le 19 avril lors de la journée d'action interprofessionnelle organisée par son syndicat et par Sud-Solidaires, comportant des manifestations et des appels à la grève.

Martinez revendique par ailleurs une augmentation du Smic "au minimum de 10 %" et une hausse en parallèle des autres salaires pour que "chacun dans l'entreprise voit son pouvoir d'achat augmenter".

Interrogé sur, à propos de Jean-Luc Mélenchon, qui avait participé, la veille 14 avril, à une journée de manifestation à Marseille, au côté de la CGT, entre autres, Martinez a déclaré que le chef de file de La France insoumise "fait partie de ceux qui à l'Assemblée nationale reprennent des propositions de la CGT… À l'Assemblée nationale, sur la réforme ferroviaire, par exemple, oui, c'est un allié, en tout cas, c'est un relais politique, comme d'autres."

Comme on peut le constater, la proposition hypothétique de Martinez – "le 1er mai peut être l'occasion" – se heurte au désir de la CFDT et de l'UNSA de trouver une porte de sortie à cette grève de la SNCF, dont la troisième séquence de grève s'était ouverte le 13 avril, dans l'impopularité, du fait, notamment que les vacances scolaires débutaient pour la zone C.

Officiellement le taux de participation s'effriterait avec le 13 avril 22,5 % contre 24,9 % le 13. Mais en fait la mobilisation reste forte chez les conducteurs (66 % de grévistes), les contrôleurs (60 %) et les aiguilleurs (29 %).

À Paris, ce sont les éléments les plus radicaux qui agitent l'idée d'une convergence des luttes. Une manifestation parisienne a pu ainsi rassembler quelques centaines d'étudiants, postiers, personnels de santé et des cheminots portant les drapeaux de Sud-rail et de la CGT-cheminots. Ces syndicats n'ont pas été convaincus par l'intervention présidentielle du 12 sur TF1. "On n'attendait rien et on n'a rien eu", tranche ainsi Poncet, secrétaire fédéral de Sud-rail.

De leur côté, les syndicats réformistes cherchent au contraire une issue au conflit. Le 13 avril, Laurent Berger, secrétaire général de la CDFT, a d'ores et déjà salué les "premières avancées" dans les négociations, notamment sur l'ouverture à la concurrence. La CFDT-cheminots se félicite que plusieurs propositions d'amendement aient été reprises dans le projet de loi. "Nous avons trouvé la clé de la porte, déclare Didier Aubert. Maintenant, il faut pousser très fort pour l'ouvrir !"

Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire, propose quant à lui "un accord de méthode" avec le gouvernement. Il définirait le cadre de la négociation à mener pour détailler les nouvelles conditions de travail des cheminots à la SNCF et dans la branche professionnelle.

Selon l'Unsa et la CFDT, le conflit s'achèvera lorsque les cheminots connaîtront leurs garanties précises en cas de transfert dans une entreprise ferroviaire concurrente à la SNCF après un appel d'offres lancé par une région et les conditions d'emploi à la SNCF pour les nouveaux embauchés qui ne bénéficieront plus du "statut". Tant que le flou persiste, la grève continue.

Et Martinez peut ainsi démentir tout affaiblissement du mouvement de grève engagé depuis le 3 avril. "Les cheminots sont déterminés dit-il, car les solutions proposées ne sont pas les bonnes". La grève perlée du réseau ferroviaire peut dès lors durer, comme prévu, jusqu'à la fin du mois de juin. Mais "si le gouvernement s'arc-boute dans sa position dogmatique, ça continuera", menace le chef actuel des cégétistes. La direction de la SNCF évalue à la baisse le nombre de grévistes lors de la dernière journée de mobilisation, mais la CGT n'y voit en aucun cas un signe d'essoufflement. Quant à l'opinion publique, où le soutien à cette grève reste largement minoritaire si l'on en croit le sondage Ifop, "il y a besoin de continuer à expliquer les raisons du conflit", rétorque Martinez qui dénonce le fait que "le gouvernement joue l'opposition entre les cheminots et les usagers".

Contrairement au leader de la CFDT, Laurent Berger, qui a salué de premières avancées notamment sur la question de l'ouverture à la concurrence, Martinez ne voit aucune concession de la part du gouvernement. Le 12 avril, lors de son interview au journal télévisé sur TF1, Emmanuel Macron annonçait que l'État reprendrait en partie et progressivement la dette de la SNCF qui est évaluée aux alentours de 50 milliards d'euros. Cette ouverture est jugée insuffisante par la CGT qui proclame : "Il faut que l'État reprenne la dette totalement et sans condition".

Le chef de la CGT estime ainsi nécessaire que "l'ensemble des organisations syndicales se mettent d'accord". Il garde le souvenir des ordonnances réformant le Code du travail en 2017. Alors isolée, la mobilisation de la CGT avait échoué.

Ce 16 avril, les leaders des cinq syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) doivent encore se réunir de façon informelle pour faire le point. Outre la réforme de la SNCF, dès ce 16 avril débuteront aussi les concertations officielles du haut-commissaire, Jean-Paul Delevoye avec les partenaires sociaux sur le dossier des retraites, et se profile la réforme promise de la fonction publique contre laquelle toutes les centrales syndicales restent unies et appellent à la mobilisation du 22 mai.

Le mythe de la grève générale berçait autrefois le rêve des révolutionnaires français du XIXe siècle. On parle aujourd'hui de convergence des luttes. Cela semble sous-tendre la logique du chef actuel de la CGT. "Une seule chose ne change pas, disait déjà Héraclite, c'est le changment."

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