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Une madrassa à MayotteMayotte : les islamistes dans la crise des barrages

Chronique du 27 mars 2018

Une double actualité s'est déroulée dans l'île de Mayotte. Détachée des Comores, elle est devenue en 2011 le 101e département français. Le 25 mars le second tour des élections législatives partielles y a certes permis la réélection de Mme Ramlati Ali. Celle-ci avait été mise en examen le 14 février pour complicité de fraude électorale. Ayant fait appel de cette décision, elle se représentait sans étiquette. Elle a obtenu 54,99 % des suffrages exprimés avec un taux de participation de 41,19 %.

Mais, parallèlement, un tel score ne saurait dissimuler l'impact d'une crise très forte, au cours de laquelle des barrages ont paralysé l'île beaucoup plus longtemps que prévu. Indiquons par exemple que le 13 mars Annick Girardin, ministre des Outre-mer croyait pouvoir se "féliciter de l’état d’esprit volontariste et collectif qui a prévalu dans la construction d’un accord mettant un terme à la crise de #Mayotte. En fait d'après l'AFP "une partie de la population dénonçait depuis le matin la 'trahison' des organisateurs. Les collectifs et la population réunis à Tsingoni pendant plusieurs heures, ont juré sur le Coran qu’ils "ne trahiront pas le mouvement" etc. Les barrages n'ont finalement été levés qu'après 6 semaines de désordres.

Le 22 mars, le ministère des Outre-mer, dénombrait encore 12 barrages. "Il y a aujourd’hui 170 grévistes radicalisés qui tiennent ces barrages, observait un élu. Ils entraînent, poursuivait-il un surcroît de colère et de peur sur l’ensemble du territoire. Ils sont à l’origine de toute l’insécurité à Mayotte depuis deux semaines. Ils se disent Français, mais n’ont aucun respect pour la République".

Dans ce bras de fer les services de l’État étaient persuadés, selon L'Opinion du 22 mars, que des "prédicateurs", des "éléments salafistes" et des "étrangers des pays voisins et quelques Syriens" tenaient les barrages.

Qu'en est-il véritablement du salafisme dans l'île ?

Un rapport de la direction départementale de la sécurité intérieure notait en 2015 que, si de moins en moins de Mahorais fréquentent régulièrement les 200 mosquées de Mayotte, les propos et la pratique dans les lieux de culte sont parfois de plus en plus rigoristes. Cette étude révélait également que 400 salafistes, partisans d'un retour à ce qu'ils considèrent comme l'islam des origines, vivent et pratiquent à Mayotte. 300 d'entre eux sont citoyens français.

Un recensement de l'Insee mené en 2012 indiquait que 98 % des 212 645 habitants de Mayotte sont musulmans. Un taux sans rapport avec le nombre de fidèles se rendant régulièrement dans les lieux de prières. Selon les investigations conduites par la direction départementale de la sécurité intérieure (DDSI), en 2015, à peine 15 000 Mahorais se rendent une fois par jour dans l'une des 200 mosquées de l'île.

Dans le même temps, 2 500 des 5 000 djaoulas recensés par la DDSI font leur prière 5 fois par jour ainsi que le préconise l'islam. Ces musulmans ayant une pratique religieuse plus rigoureuse que celle traditionnellement vécue dans l'île aux parfums sont souvent originaires de l'extérieur de Mayotte, précise le service de Renseignement.

Ce rigorisme, nouveau dans l'île, est aussi adopté par une partie des jeunes Mahorais de retour au pays après un séjour en métropole. Dans l'Hexagone, ils ont côtoyé des musulmans rigoristes, avec eux ils ont pratiqué un islam plus fondamentaliste, à leur retour dans l'île ils veulent amener leurs parents et leurs familles vers des pratiques religieuses plus rigides, note, en substance, dans son rapport la direction départementale de la sécurité intérieure.

C'est France Mayotte Matin qui révélait ces informations dans son édition du 24 mars 2015, citant une "source confidentielle", qui n'était autre que la direction départementale de la sécurité intérieure (DDSI). Le quotidien mahorais se demandait alors si cette situation démontre "une occidentalisation ou une radicalisation" de la société mahoraise.

Pour rappel, le 24 octobre 2014, France Mayotte Matin avait également signalé que quatre Mahorais étaient partis faire le djihad en Syrie. Ces jeunes hommes auraient pris la direction de la frontière syrienne en passant par les Comores, la métropole et la Turquie. "Un d'entre eux après plusieurs mois serait revenu sur le territoire, lorsque les trois autres sont encore sur place à lutter contre les forces loyalistes de Bachar el-Assad", indiquait le journal.

À La Réunion, le préfet Dominique Sorain avait révélé que plusieurs personnes seraient parties de l'île pour aller faire le djihad. Selon les informations données par Imaz Press Réunion, ces départs concernent une demi-douzaine de jeunes gens qui auraient quitté l'île lors de ces derniers mois pour aller combattre au Moyen-Orient.

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