logo ihs

l'assautTerrorisme : suspects habituels

Chronique du 23 mars 2018

Ce 23 mars au matin, dans un magasin Super U de la petite ville de Trèbes, près de Carcassonne, un individu a pris plusieurs personnes en otages. On apprendra dans la soirée, la mort du lieutenant colonel de gendarmerie
Arnaud Beltrame, qui s’était héroïquement livré en échange des otages du supermarché. Avec son décès, le bilan des attaques s’alourdissait à quatre morts. Le parquet de Paris ayant immédiatement annoncé avoir "ouvert une enquête du chef d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste" on pouvait dès le départ en déduire que ces événements avaient fait au moins un mort. Restait pour certains la question de la motivation du terroriste.

Selon BFMTV, le terroriste se revendique de l’organisation État islamique. Selon le maire, alors que le preneur d’otages était seul à l’intérieur avec un officier de gendarmerie, il avait crié "Allahou Akhbar, je vais vous tuer tous".

La première réaction des autorités gouvernementales, en l'absence du président de la République, paraît quand même avoir été des plus prudentes. En visite à Mulhouse, le Premier ministre Édouard Philippe a ainsi déclaré : "Toutes les informations dont nous disposons au moment où je vous parle laissent à penser qu’il s’agirait d’un acte terroriste". Il a décidé d’écourter sa présence dans le Haut-Rhin. De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a diffusé, à 12 h 19, depuis Saint-Cyr-au-Mont-d'Or unsimple tweet annonçant  : "#Trèbes : je me rends immédiatement sur les lieux."

Les troupes d’élite du Raid et de la BRI étaient mobilisées. La préfecture de l’Aude a annoncé sur Twitter que ce secteur "était interdit", demandant à la population de "faciliter l’accès aux forces de l’ordre".

Notons : 1° que la nature du terrorisme dont se réclamait ce nouveau "loup solitaire" n'a pas été quand même, dans leurs déclarations, au départ prise en compte les autorités qui pourtant parlaient de terrorisme. 2° que cette prise d’otage a suivi une agression contre des CRS recensée sur Twitter par le syndicat Unsa Police. "Quatre collègues de la CRS 53 rentraient sur le cantonnement de la CRS 57 Carcassonne d’un footing. Suivis par une voiture, l’individu a sorti une arme et a fait feu 5 fois. Collègue blessé à l’épaule", pouvait-on lire sur le compte du syndicat, ce 23 mars 2018 à 11 h 23. Mais aussi "prise d'otage en cours à Trèbes." Et à 13 h 59 "Côte cassée, poumon perforé, la balle est passée à 3 cm du cœur ; état de santé stable, le pronostic vital n'est pas engagé du tout."

En début d’après-midi, il était encore impossible, nous disait-on, de confirmer que la même personne était à l’origine des deux événements.

"Le pronostic vital du fonctionnaire du corps spécialisé n’est pas engagé", expliquait aussi, rassuré sinon rassurant, le Premier ministre Édouard Philippe.

Voici quelques détails supplémentaires que l'on pouvait trouver en début d'après-midi sur le site de France-Soir. Ce titre, qui a eu son heure de gloire, arrivait en premier, dans l'après-midi, sur les moteurs de recherche.

Première indication donnée par le site, en lettres majuscules, "PAS DE REVENDICATION DE DAECH". Pas encore ? [Mise à jour le 23 mars 2018 à 15 h 30.]

Attentat à Trèbes : assaut donné, le terroriste abattu.
Il a revendiqué son appartenance à l'Etat islamique et aurait déclaré aux clients du Super U : "Vous êtes en train de bombarder la Syrie, vous allez mourir".
A 15h18 : A noter que si le terroriste s'est lui-même revendiqué de l'Etat islamique, Daech n'a pour l'heure pas revendiqué l'attentat comme il a l'habitude de le faire au travers de son organe de propagande Amaq.
Mise à jour à 15h01 : Le lieutenant-colonel de gendarmerie qui était retenu en otage dans le Super U, et qui avait échangé sa place un peu plus tôt avec un autre otage, a été blessé par balle dans l'assaut. L'étendue de ses blessures n'est pour l'heure pas connue.
Mise à jour 14h49 : L'assaut a été donné. Le terroriste aurait été "neutralisé". Selon plusieurs sources locales, dont la Dépêche du Midi, le deuxième occupant de la voiture volée par le terroriste, près de la caserne des CRS de Carcassonne, est également décédé. Ce qui porterait le bilan à quatre morts, sans compter le terroriste.
Le profil du terroriste, toujours selon France-Soir : L'auteur de l'attaque serait un Marocain né en 1992 et connu des services de renseignement français, notamment inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). La mère de l'assaillant et ses deux sœurs ont été prises en charge par les gendarmes et transportées sur le lieu de la prise d'otage, a priori dans le cadre de la négociation. Mais l'assaut a finalement été donné peu avant 15h.
Connu également pour des délits de droit commune dont détention d'armes, il a réclamé la libération de Salah Abdeslam, seul survivant du commando à l'origine des attentats du 13 novembre à Paris.
Bilan provisoire : Le bilan de cette attaque restait incertain en milieu d'après-midi après l'assaut. Plusieurs sources évoquaient quatre morts, deux personnes tuées par le terroriste à l'intérieur du magasin (un client et un employé du magasin), et deux autres lors du vol d'un véhicule par ce même individu. Mais le décès du second passager de la voiture n'a pas encore été confirmé.
D'autres personnes auraient été blessées, dont un CRS qui aurait été atteint par une balle lui ayant brisé des côtes et traversé un poumon. Le projectile serait également passé à 3cm de son cœur. À ce stade, ses jours ne seraient toutefois pas en danger. Une vingtaine de personnes auraient été présentes sur place au moment de l'attaque. Le général de gendarmerie Jean-Valéry Letterman craignait un bilan encore plus lourd à la mi-journée. "On s'attend malheureusement à découvrir d'autres victimes", disait l'adjoint au commandant de la région Occitanie.

Sur le site de L'Opinion à 16 h 31, Jean-Dominique Merchet pouvait faire le point et indiquer plus précisément comment le GIGN de Toulouse est intervenu dans l’urgence pour tuer le terroriste.

Dans cet article, le spécialiste des questions militaires souligne d'abord, au contraire de France-Soir, que l'État islamique a revendiqué l’attaque :

Le groupe djihadiste État islamique a revendiqué les attaques de vendredi dans l’Aude, au terme desquelles l’assaillant, qualifié de "soldat du califat" par Daech, a été tué par les hommes du GIGN. L’assaillant qui a tué trois personnes et en a blessé plusieurs autres vendredi était "un petit dealer" de 26 ans suivi par les services de sécurité qui n’avaient pas relevé chez lui de signes de radicalisation, a annoncé le ministre de l’Intérieur.
L’expédition criminelle du Franco-marocain Redouane Lakdim, vendredi à Carcassonne et dans sa périphérie (Aude), n’aura duré que quelques heures, mais le bilan est lourd : quatre morts (y compris le terroriste) et trois blessés, dont trois très grièvement. A 14 h 25, les gendarmes de l’antenne du GIGN de Toulouse ont donné l’assaut contre le preneur d’otages, parvenant à l’abattre en moins de dix minutes. Cet assaut n’était pas planifié et il a dû être déclenché dans l’urgence quand le terroriste ouvrait le feu. Il retenait en otage un lieutenant-colonel de gendarmerie du groupement de l’Aude. Cet officier, qui s’était proposé comme otage à la place d’une femme, a été grièvement blessé. Son geste a été qualifié d'héroïque par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.
Plus tôt dans la journée, Redouane Lakdim avait – selon des informations encore fragmentaires – attaqué une voiture à Carcassonne, tuant un passager d’une balle dans la tête et blessant le chauffeur. Puis, il a ouvert le feu sur des CRS faisant leur footing, en blessant un à l’épaule. Il s’est ensuite rendu au Supe U de Trèbes, où il aurait tué deux autres personnes, avant de prendre des otages.
Redouane Lakdim, 26 ans, demandait la libération de Salah Abdeslam le survivant du groupe terroriste des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Selon le ministre de l’Intérieur, il s’agit d’un "petit dealer", connu des services de police et qui aurait agi seul. Au cours de son action, il s’est revendiqué de l’Etat islamique – l’organisation terroriste s’est en milieu d’après-midi attribué la responsabilité de la mortelle expédition.
Equipe primo-intervenante. L’action du GIGN de Toulouse s’inscrit dans le cadre du nouveau schéma national d’intervention, adopté en 2016 à l’initiative de Bernard Cazeneuve. Des unités spéciales du Raid (police) ou du GIGN (gendarmerie) sont positionnées dans les grandes villes de province, afin de pouvoir réagir plus rapidement. Contrairement à Carcassonne, Trèbes est située en zone gendarmerie. C’est donc l’antenne du GIGN de Toulouse, à une centaine de kilomètres, qui a été dépêchée sur place comme "primo-intervenante". Un gendarme a été blessé au cours de l’intervention qui a duré une dizaine de minutes.
Le GIGN central, basé à Satory en région parisienne, a lui aussi été mobilisé, mais il n’a pas eu le temps d’arriver sur place. Dans l’urgence, alors que le terroriste ouvrait le feu, les gendarmes d’élite de Toulouse ont dû intervenir. Ils n’ont pas été en situation de l’appréhender pour le remettre à la justice.
L’attaque terroriste dans l’Aude est la première en France depuis le début de l’année. L’année 2017 avait été marquée par plusieurs actions, au Carrousel du Louvre, à Orly, sur les Champs-Elysées, à Levallois-Perret et à la gare Saint-Charles de Marseille, le 1er octobre.

Plus tard, on allait apprendre la mort héroïque du lieutenant général Arnaud Beltrame.

À 18 h 18, un flash de l'AFP indiquait que le président de la République, de retour de Bruxelles où il avait participé au Conseil européen, faisant état de 3 morts et 16 blessés, parlait, enfin, de terrorisme islamiste.

→  Contribuer au débat
→  Chronique précédenteChronique suivante →  Recevoir nos mises à jour
→   Revenir au fil de nos chroniques

Tweet