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Vladimir Vladimirovitch Poutineouverture du livre de Françoise ThomRussie : sur la réélection de Poutine

Chronique du 21 mars 2018

Le résultat de l'élection présidentielle russe du 18 mars n'a évidemment surpris personne. Surtout pas les lecteurs de cette chronique. Rappelons donc la réalité de l'économie russe, analysée ci-dessous par Yves Bourdillon, envoyé spécial des Échos, et Benjamin Quénelle, correspondant du journal à Moscou.

Ils constatent en effet que, malgré des résultats décevants, Poutine n'entend pas modifier sa politique économique ce que Françoise Thom permet de mieux comprendre au gré de son livre "Comprendre le poutinisme" aux éditions Desclée De Brouwer, ci-dessous publié à titre de conclusion pour cette chronique, tel que présenté par France Culture.

L'économie russe.--Elle stagne depuis quatre ans, alors que les deux premiers mandats de Vladimir Poutine (2000-2008) avaient été marqués par une croissance échevelée. Peu de réformes sont en vue.

La Russie a trouvé un second souffle, mais il n'y avait pas de quoi en faire un argument déterminant de campagne pour l'élection présidentielle qui s'est tenue ce 18 mars. Si l'économie est sortie l'an dernier de la récession c'est avec une croissance de 1,5 % seulement, inférieure à l'objectif de 2 %. Un chiffre qui devrait être atteint tout juste en 2018, bien loin des 7 % par an en moyenne des deux premiers mandats du chef de l'État (2000-2008), où l'économie avait été dopée par un train ambitieux de réformes libérales ainsi que par la flambée des cours des hydrocarbures.

Stagnation. "La situation macroéconomique est stabilisée, mais elle n'est pas bonne car il n'y a pas de développement. On est en pleine stagnation !", peste Andreï Klepach, économiste en chef de VEB, la banque publique de développement. La Russie reste plombée par les mêmes handicaps : infrastructures défaillantes (l'autoroute Moscou-Saint Pétersbourg n'est toujours pas achevée), économie "grise", corruption, faible tissu de PME, productivité du travail en berne, mastodontes publics mal gérés. Ces derniers demeurent la colonne vertébrale d'un capitalisme d'État ou de connivence qui atteint ses limites. Le secteur bancaire, engagé dans une douloureuse restructuration, demeure dominé par deux groupes publics, Sberbank et VTB. Hors pétrole, les nouveaux moteurs de croissance sont rares et l'essentiel de l'investissement provient de l'État.

La croissance n'est pas la priorité. Le poids du secteur public, de 50 % à 70 % du PIB suivant les sources, a bondi depuis quatre ans, et son influence va bien au-delà des chiffres, estime l'économiste Natalia Zoubarevitch, car les entreprises dépendent énormément de décisions réglementaires.

La Russie dépend plus que jamais de son pétrole. Ce manque de développement est la contrepartie de la priorité donnée, suite à la chute des prix du pétrole en 2014, à la stabilisation macroéconomique, dont Vladimir Poutine est crédité par les analystes. Oleg Kouzmine, du fonds Renaissance Capital, explique que "la croissance n'est pas la priorité de Poutine, ses objectifs sont la lutte contre l'inflation qui rogne l'épargne, il veut aussi faire remonter les réserves de la banque centrale à 500 milliards de dollars et rétablir l'équilibre budgétaire, par souci de souveraineté".

Un équilibre qui a imposé des arbitrages douloureux, d'autant que les dépenses militaires et d'éducation sont en hausse, sanctuarisées par le Kremlin. Cette politique, qui a permis aussi de juguler la fuite des capitaux, se traduit par des taux d'intérêt qui dissuadent de recourir au crédit et pénalise donc l'activité, note Andreï Klepach.

Urgence. Il y a pourtant urgence, car la grogne sociale est latente, malgré un chômage réduit (environ 5 % de la population active). Depuis le début du troisième mandat de Poutine, en 2012, le revenu moyen des Russes a reculé de 12 % et le taux de pauvreté est remonté à 14 % de la population, même s'il reste inférieur de moitié à celui constaté à son arrivée au pouvoir. Les inégalités demeurent criantes : 10 % des Russes possèdent 77 % des richesses, selon une étude récente de Credit Suisse.

Mais les analystes n'anticipent pas de réformes structurelles ambitieuses, notamment de privatisations, pour le quatrième mandat de Poutine, car cela menacerait trop de rentes de situation. Svetlana Chupsheva, directrice de l'Agence pour les initiatives stratégiques, un des think-tanks du Kremlin, estime que le déclenchement de réformes structurelles doit "venir d'en haut, l'État doit définir les priorités, la dynamique suivra".

Vladimir Poutine n'a pas prononcé une seule fois le mot réforme dans son discours à la Nation du 1er mars. "C'est un progrès, ironise un économiste, car d'habitude il en promet qui restent lettre morte".

Comprendre le poutinisme avec Françoise Thom. Comment définir, par conséquent,le régime de Poutine ? S'agit-il d'un autoritarisme camouflé sous des décors démocratiques ? Avons-nous affaire à une forme d'autocratie, dans la continuité de l'histoire russe, ou à une oligarchie mafieuse ? Quelle est l'influence de l'ex-KGB, sur le mode de pensée des hommes du Kremlin et sur leurs méthodes de gouvernement ? Le régime peut-il survivre à son homme fort ? Pourquoi l'opposition donne-t-elle une impression de faiblesse et de division face à un pouvoir dont les échecs sont aujourd'hui flagrants ?

Pour répondre à ces questions, l'auteur se penche sur la genèse et l'histoire du poutinisme. Elle souligne la place de la "com" dans ce système mêlant archaïsme et modernité. La politique étrangère de la Russie est analysée à travers les évolutions de sa politique intérieure. Ainsi apparaît le paradoxe de ce pays : l'affirmation d'une "civilisation russe" tournant le dos à l'Occident cache la passion nihiliste qui anime le Kremlin et qui exerce une influence délétère, en Russie et à l'étranger.

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