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Ivan Duque et Alvaro UribeColombie : déroute des Farc

Chronique du 20 mars 2018

Le 11 mars, les Colombiens ont désigné leurs députés et leurs sénateurs. Dans Le Figaro Patrick Bèle souligne les traits essentiels des résultats définitifs de ce scrutin :

Le Centre démocratique de Alvaro Uribe, farouchement opposé aux accords de paix avec la guérilla des Farc, a remporté une large victoire. La Farc, le parti héritier de la guérilla, a essuyé une cuisante déroute en ne mobilisant pas plus de 0,4 % des électeurs.

Pour la première fois, cinq députés et cinq sénateurs issus des rangs de l'ex-guérilla des Farc vont faire leur entrée au Congrès colombien. Pourtant, leur performance électorale lors des législatives du dimanche 11 mars est plus que modeste : 52 000 voix pour le Sénat, 32 000 pour la chambre basse. Ils n'ont pas dépassé 0,4 % des suffrages. Les 10 sièges ont été obtenus en application des accords de paix signés en novembre 2016 qui prévoyaient de réserver des postes législatifs au parti issu des Farc.

Les accusations de Alvaro Uribe sur l'utilisation de fonds secrets des Farc pour la campagne tombent à l'eau. L'achat de votes a manifestement été plus efficace du côté du Centre démocratique de l'ex-président qui arrive en tête avec 19 sénateurs. Uribe est le mieux élu de toute l'assemblée. C'est lui qui avait fait une efficace campagne contre les accords de paix, réussissant à les faire rejeter lors du référendum du premier octobre 2016. Le président Juan Manuel Santos avait dû négocier en urgence des modifications du texte et le faire ratifier par le Congrès fin novembre 2016.

La leçon est amère pour les dirigeants de l‘ex-guérilla des Farc. Les dirigeants de l'ex-guérilla espéraient surprendre et ne croyaient pas les sondages. La leçon est amère : les 50 ans pendant lesquels ils ont mené une lutte armée – qui a fait plus de 6 millions de déplacés et des centaines de milliers de morts – ont profondément marqué les Colombiens. Pas une famille colombienne n'a été épargnée par un attentat, un assassinat, un enlèvement ou une extorsion de fonds. Leur image est déplorable dans la population. Lors de ces élections, ils ont commis l'erreur de ne pas changer de nom : les Farc, Forces armées révolutionnaires de Colombie, sont devenues la Farc, Force alternative révolutionnaire commune. Tous les candidats étaient d'anciens combattants de la guérilla et les têtes de liste issues de la haute hiérarchie de la guérilla. Un signe, pour les Colombiens que, accord de paix ou pas, la Farc est dans la droite ligne des Farc.

Les partis de gauche, qui craignaient une baisse de leur représentation, ont finalement gagné des sièges. Le parti Vert passe de 5 à 10 sénateurs et le Polo démocratique conserve ses 5 sièges.

Dimanche, des primaires étaient également organisées pour désigner le candidat à la présidentielle de Centre démocratique et de l'alliance de gauche réuni par l'ancien maire de Bogotá, Gustavo Petro. Sans surprise, Gustavo Petro a remporté le scrutin avec une large avance réunissant 2,6 millions de voix.

Ces résultats fragilisent les accords de paix qui avaient valu le prix Nobel au président Juan Manuel Santos.

Ivan Duque a été désigné candidat du Centre démocratique avec plus de trois millions de voix. Une victoire qui le met en position de favori de la présidentielle organisée le 27 mai prochain. Ces partisans rêvent même d'une élection dès le premier tour et appellent l'autre candidat opposé aux accords de paix, German Vargas Lleras, à se retirer. En face, Gustavo Petro reste pour l'instant en tête dans les sondages, mais la dynamique créée par les législatives pourrait bouleverser le paysage politique. D'autant qu'en cas d'élection de Gustavo Petro, il ferait face à un Congrès qui lui sera largement hostile et le soupçonne d'être un sous-marin du chavisme en Colombie.

Ces résultats fragilisent les accords de paix qui avaient valu le prix Nobel de la paix au président Juan Manuel Santos. Si pour l'instant, l'ex-guérilla a respecté ses engagements de désarmement et de regroupement de ses troupes, l'État traîne les pieds pour appliquer les accords. Une victoire d'Ivan Duque risque d'accentuer cette tendance.

Ce dernier déclarait dans les colonnes du Figaro, "il n'est pas nécessaire de signer de nouveaux accords (avec les Farc). La Cour constitutionnelle a été très claire : les modifications peuvent se faire dans le cadre des textes d'application». Il veut revenir sur certaines dispositions de la «justice transitionnelle» prévue par les Farc et notamment la notion de délits connexes amnistiables. Le trafic de drogue par exemple s'il a servi à financer la guérilla et non à l'enrichissement personnel de membres des Farc."

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