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 MartinezCGT : Martinez bousculé en interne

Chronique du 19 mars 2018

Dans L'Opinion Fanny Guinochet révèle à la veille de conflits importants la situation à l'interne du numéro 1 de la CGT, car, souligne-t-elle, dans la fonction publique ou encore chez les cheminots, sa stratégie d’opposition systématique est critiquée :

Le gouvernement a présenté le 14 mars en Conseil des ministres le "projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire". Le texte, qui autorise le gouvernement à légiférer par ordonnances, est très ouvert. Et suscite des inquiétudes. La CGT annonce une journée de mobilisation le 22 mars, dont les contours devraient être précisés jeudi avec les autres syndicats de la SNCF. Elle appelle aussi les agents de la RATP à faire grève et à manifester le même jour, qui est déjà un jeudi de débrayages dans la fonction publique.

Le 5 mars à Montreuil, au siège de la CGT, la discussion a été animée lors de la traditionnelle réunion des secrétaires fédéraux. Au menu des échanges entre le leader Philippe Martinez et les numéros 1 de chaque fédération (énergie, santé, ferroviaire, services publics…), la stratégie que la centrale doit adopter. Après avoir perdu face au gouvernement sur les ordonnances modifiant le Code du travail, il s’agit d’organiser le match retour et de montrer que la CGT est le premier opposant à la politique d’Emmanuel Macron.

Sur le papier, c’est ainsi que Philippe Martinez l’entend. La journée du 22 mars doit être une démonstration de force. Il y a des chances que ce soit le cas. Lancée par les fonctionnaires, le mouvement devrait réunir les cheminots mais aussi les agents de la RATP, dont les représentants cégétistes ont déposé un préavis. Pourraient s’y adjoindre des retraités mécontents, même s’ils descendent déjà dans la rue ce jeudi, à l’appel de neuf syndicats, pour protester contre la hausse de la CSG.

Oui mais voilà, dans la salle, en début de semaine dernière à la CGT, des voix se sont élevées pour rappeler à Philippe Martinez qu’une mobilisation, ce n’est pas aussi simple. Que les cortèges du 22 mars promettent d’être fournis mais que rien n’est gagné. "Oui à l’avertissement au gouvernement, mais attention à l’opposition systématique qui mettrait la CGT hors-jeu", ont dit en substance les représentants de plusieurs grosses fédérations. En d’autres termes, "gare à trop faire de politique et à reléguer au second rang les revendications des agents".

Grève générale ou projet ? Baptiste Talbot, numéro 1 de la "fédé" des services publics – la première de la CGT – a ainsi encouragé Philippe Martinez à être davantage sur le "projet" de la CGT et moins sur la critique idéologique. Même son de cloche de Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT cheminots, qui a plaidé pour que soit mis en avant le "rapport sur le développement du service public ferroviaire" que la CGT a concocté, sorte de contre-réforme à la réforme de l’exécutif. C’est d’ailleurs avec ce document sous le bras que Philippe Martinez s’est rendu, quelques jours plus tard, à Matignon. A sa demande, le chef de file de la CGT a été reçu par Édouard Philippe, mardi. Une rencontre symbolique qui a tourné au dialogue de sourds. A la sortie, Édouard Philippe a dit s’attendre à "un débat intense" mais a prévenu qu’il ne comptait pas renoncer. Sur le perron de Matignon, Philippe Martinez a, lui, accusé le gouvernement de jouer l’affrontement avec les cheminots.

"L’enjeu de la CGT n’est pas tellement la journée du 22 mais la suite", plaide un expert des syndicats. Et c’est bien l’autre message qu’a fait passer Laurent Brun à Philippe Martinez. Le premier syndicat de la SNCF sait qu’un conflit long à la manière de 1995 est peu probable. En avril 2016 à Marseille, lors du 51e congrès de la CGT qui avait intronisé Philippe Martinez, le même Laurent Brun avait tenu à la tribune un discours qui résonne aujourd’hui. Alors que les positions d’ouverture des anciens secrétaires généraux comme Louis Viannet et de Bernard Thibault étaient sifflés par les militants, ce cheminot avait été un des rares à mettre en garde contre la grève générale à tous crins. "Ce qui compte, cela n’est pas tant la forme mais le nombre de salariés qui participent à l’action. Certes, des mobilisations grandissent dans la rue mais elles concernent combien d’entreprises ? Dans les entreprises, elles concernent combien de salariés ?" avait courageusement asséné le trentenaire.

Hors jeu. "Aujourd’hui, c’est bien ce nouveau débat, que la CGT n’a pas tranché, qui ressort", confie un vieux routier de la centrale. Selon plusieurs sources, la stratégie menée par le "leader maximo", comme certains le surnomment, est controversée. Elu dans la douleur après l’épisode Le Paon, Philippe Martinez tente depuis de fédérer les troupes sur une ligne radicale. "Nous refermer sur nous-mêmes ne mène à rien. On l’a vu avec la loi El Khomri mais aussi avec les dernières négociations sur l’assurance-chômage ou la formation professionnelle : nous nous sommes mis hors jeu tous seuls", poursuit un cadre cégétiste. Ce que confirment plusieurs conseillers ministériels : "La CGT ? On les reçoit, comme les autres, mais on fait sans eux".

Au sein de la SNCF, où la CGT reste majoritaire mais perd des voix à chaque élection, l’objectif est bien de se placer au centre du jeu. "Pour garder la première place face à la concurrence de l’Unsa et de Sud, on doit être capable de fédérer", analyse un membre du syndicat. Cette remarque vaut aussi au niveau national. Dans le secteur privé, la CFDT a déjà ravi à la CGT la première marche du podium. Dans ses bastions du secteur public, les élections professionnelles de la fin de l’année (SNCF en novembre, fonction publique en décembre) seront décisives. Philippe Martinez le sait, sa légitimité à la tête de la centrale pourrait en dépendre.

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