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oscar ariasAmérique latine : la réponse d'Oscar Arias

Chronique du 1er mars

Nous avons reçu d’un de nos correspondants à Cuba les fragments d’un discours qu’avait prononcé Oscar Arias, Prix Nobel de la paix en 1987 à la Ve réunion des Amériques organisée par l’OEA du 17 au 19 avril 2009. Il était alors président du Costa Rica.
Il s’agit d’un texte qui a donc près de 9 ans. La VIe réunion eut lieu en Colombie, à Carthagène en 201 ; la VIIe à Panama en 2015. La prochaine se tiendra les 13 et 14 avril 2018 à Lima, capitale du Pérou
Il n’a pas échappé à ce dissident ni à nous-mêmes - que ce discours avait cependant gardé une grande actualité. Nous le traduisons ci-dessous en français pour nos lecteurs et pour manifester aussi notre solidarité avec les Latino-américains, Cubains et Vénézuéliens en tête, soumis à des régimes dictatoriaux sous les applaudissements de notre extrême gauche, répétant à l’envi qu’ils sont victimes de l’impérialisme américain.

J’ai l’impression qu’à chaque fois que les pays des Caraïbes et de l’Amérique latine se réunissent avec le président des États-Unis d’Amérique, c’est pour lui demander ou pour lui réclamer quelque chose. Et presque toujours, c’est pour accuser les États-Unis de nos maux passés, présents et futurs. Je ne crois pas que cela soit tout à fait juste. Nous ne pouvons oublier que sur ce continent, au moins jusqu’en 1750, tous les Américains étaient pauvres.

Quand apparaît la révolution industrielle en Angleterre, d’autres pays montèrent dans ce wagon : l’Allemagne, la France, les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande (…) et c’est ainsi que la Révolution industrielle traversa l’Amérique latine comme une comète et que nous ne nous en sommes pas rendus compte (…) Nous avons manqué notre chance (…).

Il y a cinquante ans, le Mexique était plus riche que le Portugal. En 1950, un pays comme le Brésil avait un revenu par habitant plus élevé que celui de la Corée du Sud. Il y a soixante ans, le Honduras était plus riche per capita que Singapour et aujourd’hui – au bout de 35 ou 40 ans –, Singapour est un pays avec un revenu de 40 000 dollars de revenu annuel par habitant, alors qu’aujourd’hui, le revenu par tête du Honduras tourne autour de 2 000 dollars par an.

En 1950, chaque citoyen des États-Unis était quatre fois plus riche qu’un Latino-américain. Actuellement, un citoyen américain est 10, 15 ou 20 fois plus riche qu’un Latino-américain.

Ce n’est pas la faute des États-Unis, c’est notre propre faute. Alors, il y a quelque chose que nous, les Latino-américains, avons mal fait. Qu’avons-nous mal fait ?

Je ne peux énumérer toutes les choses que nous avons mal faites.

Notre problème est ancien et nous ne parvenons pas à le comprendre. C’est une partie de ce que nous avons mal fait : nous l’avons ignoré. En 1960, l’ex-président Kennedy affirmait : "Un homme intelligent, c’est celui qui sait être assez intelligent pour engager des gens plus intelligents que lui".

Si Fidel Castro avait suivi ce sage conseil, Cuba irait mieux aujourd’hui, mais il a suivi les traces de l’Union soviétique, qui a connu l’échec et qui a disparu. L’ex-président Chavez a suivi les pas de Fidel, en accusant les gringos d’être à l’origine de tous les maux et il ne s’est pas rendu compte que la référence des Nord-Américains a toujours été l’éducation. La scolarité moyenne de l’Amérique latine est de sept ans, alors que les États-Unis ont la meilleure éducation du monde.

Peu de dirigeants latino-américains se sont rendu compte que la grande affaire, c’est l’éducation ; un citoyen des États-Unis en plus de sa scolarité de haut niveau, lit dans sa vie quelque mille six cents livres, alors qu’un Latino-américain, en plus de sa faible scolarité lit, pendant le même temps, environ 120 livres. Il faut comprendre cette affirmation léguée par Simon Bolivar : "Un homme qui ne fait pas d’études est un être incomplet".

Maduro continue obstinément de dénoncer l’impérialisme* ; il ne s’est pas rendu compte que par le biais de l’éducation, les Nord-Américains ont permis à leurs compatriotes d’être d’éminents innovateurs. Par exemple, en 38 ans, les jeunes de Apple ont réussi à asseoir une entreprise qui est plus grande que les économies du Venezuela et de Cuba réunies. On prévoit que, bientôt, Apple dépassera les économies de la Suisse, de la Hollande et de l’Arabie saoudite. Si nous additionnons d’autres entreprises récentes comme Microsoft, Facebook, Google, peu trouveraient croyables les chiffres auxquels ils parviendraient. Ces jeunes innovateurs seraient-ils coupables de la pauvreté latino-américaine ? La jeunesse nord-américaine serait-elle coupable de ce que ses homologues vénézuéliennes et cubaines connaissent le rationnement de l’alimentation ? L’OEA doit diffuser sur les réseaux sociaux Facebook, un dossier sur "L’Amérique sans pauvreté", avec des statistiques de revenus par tête et de salaires par heure des pays membres pour que la jeunesse demande à ses dirigeants : qu’avons-nous mal fait ? Comme l’a dit Bolivar : "ils nous ont dominé plus par l’ignorance que par la force".

Notes :
* Nicola Maduro était en 2009 Ministre des Affaires étrangères de Chavez (ndlr)
** Cuba castriste, sa campagne d’alphabétisation, ses universités, semblent contredire Arias. Mais le sous-développement actuel de Cuba est aussi lié à un enseignement alourdi d’idéologie, peu propice à l’innovation. Les librairies de La Havane sont d’une insigne pauvreté intellectuelle et marquées par la censure. (ndlr)

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