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Afrine sous les bombesKurdes : Afrine face à l'agression d'Erdogan

Chronique du 21 février

Depuis le 20 janvier, l’armée turque a franchi la frontière syrienne. Elle a entrepris, avec l'appui de ses alliés djihadistes, une offensive contre le petit territoire et la ville d'Afrine libérée par les Kurdes de Syrie, nos alliés. Dans cette partie occidentale de la Syrie, le Rojava, les forces kurdes se sont associées démocratiquement à 35 organisations politiques, syndicales ou associatives. Soulignons qu'y concourent les minorités, chrétiennes notamment. Un contrat social a été approuvé. Selon cette constitution, la pluralité ethnique et confessionnelle, l’égalité absolue entre femmes et hommes, sont respectées.

Le 20 février le président turc a annoncé que l’offensive menée depuis un mois, cyniquement baptisée "Rameau d’olivier" va "dans les prochains jours et de façon beaucoup plus rapide, commencer le siège du centre de la ville d’Afrine." Il s'exprimait devant les députés de son parti, officiellement alliés désormais aux redoutables Loups Gris du MHP. En même temps, la Turquie menaçait très clairement le gouvernement syrien d'une confrontation dans le cas où ses partisans interviendraient aux côtés des Kurdes.

Or, dans l'après-midi, on apprenait par une dépêche du site kurde Rudaw datée de 18 h 36 que les milices syriennes pro-régime entraient dans Afrine pour protéger l'intégrité du territoire syrien. Puis une nouvelle dépêche de 18 h 55 constatait que les forces pro-régime syriennes, soumises aux tirs d'avertissement de l'armée turque, reculaient de 10 km. À 20 h 37, Erdogan proclamait devant la presse à Ankara que les forces syriennes avaient été forcées de faire demi-tour...

Face à cette situation chaque jour plus embrouillée et explosive l'action de la communauté internationale s'impose.

À cet égard, le 19 février à Paris une conférence de presse était organisée par la représentation du Rojava en France, dirigée par Khaled Issa. En octobre 2014, au moment du siège de Kobané, celui-ci avait souligné : "Le terrorisme que nous combattons est l’ennemi de toute l’humanité. Face à ce danger, une solidarité internationale s’impose". La France, à ce moment, sut prendre sa part de responsabilité. Au cours de cette conférence de presse, 4 ans plus tard, Khaled Issa insistait particulièrement sur les espoirs de ses compatriotes qui attendent une intervention de la France, membre du Conseil de sécurité.

Erdogan ayant osé déclarer : "Pour nous, le PKK c'est la même chose que Daesh, il ne faut pas les considérer comme différents l'un de l'autre" – le général Vincent Desportes, pouvait faire un parallèle entre l'inaction de l'armée turque à Kobané et celle de l'armée soviétique au cours de l'insurrection de Varsovie en 1944… Toute la désinformation turque s'emploie à assimiler les Kurdes au terrorisme. Deux Français, dont l'ethnologue Stéphane Breton, vinrent témoigner à quel point cette assimilation est absurde et mensongère.

Au cours de la conférence de presse, l'historien et géostratège Gérard Chaliand intervint et souligna certains points très importants :

1° l'opinion occidentale doit comprendre qu'avec le régime d'Erdogan "ce n'est plus la même Turquie qu'il y a 20 ans".
2° l'accord entre Russie et Turquie reste très circonstanciel et paradoxal.

Ajoutons qu'il se révèle fragile, le paradoxe étant renforcé par l'appartenance de la Turquie à l'OTAN.

Concluons ici par un appel lancé, le 15 février, par 40 sénateurs français, et publié par Marianne sous le titre "Les Kurdes sont nos alliés contre Daech":

Les Kurdes syriens ont été, avec les peshmergas du Kurdistan irakien, nos meilleurs alliés dans la guerre contre Daech. Des milliers d'entre eux sont morts pour notre liberté et pour notre sécurité. Avec le soutien de la coalition internationale, ils ont réussi à débarrasser la Syrie et le monde de la barbarie de Daech. Ils sont attaqués aujourd'hui par le régime autoritaire du président turc Erdogan. Depuis le 20 janvier, l'aviation et l'artillerie lourde turques bombardent les villes et villages du canton kurde d'Afrin. La Turquie mène l'assaut contre l'une des rares villes syriennes qui a jusqu'ici échappé à la destruction, une ville dont le seul crime est d'être dirigée par des forces kurdes. Ce paisible territoire, qui avait réussi à rester à l'écart de l'effroyable guerre civile syrienne, accueille des dizaines de milliers de déplacés et de réfugiés.

Cette guerre de convenance déclenchée en plein hiver contre une région qui n'a jamais attaqué ou menacé le territoire turc, et qui met la vie de plus de 800 000 civils kurdes et arabes en danger, constitue une agression intolérable, une violation flagrante du droit international et une menace grave contre la paix et la stabilité régionale.

Nous voulons rappeler que les forces combattantes kurdes sont nos alliées dans la guerre contre Daech.

Nous voulons rappeler que ce sont elles qui, à Kobané, ont infligé une défaite sans appel à Daech, elles qui ont mis hors d'état de nuire des milliers de djihadistes et qui ont participé à la libération de tous les territoires syriens occupés par Daech, y compris Raqqa, capitale de leur prétendu califat.

Il est temps de briser le silence assourdissant de la communauté internationale face à cette guerre d'agression

Nous voulons rappeler que l'engagement des Kurdes au côté de la France et des pays de la coalition n'est plus à démontrer dans la lutte contre Daech.

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