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migrants vénézuéliensVenezuela : la crise impacte toute l'Amérique latine

En ligne le 15 février

Citée par Le Monde, la chercheuse Francesca Ramos, de l’université de Bogota, "la Colombie, qui n’a aucune expérience en matière d’accueil des migrants, ne peut gérer seule la situation". La Colombie, en effet, se trouve actuellement débordée par l’afflux de migrants vénézuéliens. Et Francesca Ramos de souligner que la crise vénézuélienne affecte déjà toute la région.

Le 13 février, se réunissait le groupe de Lima. Et cette alliance de 14 pays latino-américains, parmi lesquels l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie et le Mexique, a exigé, à l’issue de cette réunion, du gouvernement vénézuélien qu'il fixer un nouveau calendrier électoral. "Des élections libres et justes" : c’est ce que réclament les ministres des affaires étrangères consacrée à l’élection présidentielle anticipée du 22 avril au Venezuela. Cette date de l'élection présidentielle a été décidée pour piéger l’opposition. Dans une déclaration conjointe lue par la ministre péruvienne Cayetana Aljovin, les pays latinoaméricains ils exigent ainsi des élections "démocratiques, transparentes et crédibles, avec la participation de tous les acteurs politiques vénézuéliens". Inquiets de possibles fraudes, les trois principaux partis d’opposition, réunis au sein de la Table de l’unité démocratique (MUD), n’ont pas encore décidé s’ils participeront au scrutin. Maduro visera un nouveau mandat lors du scrutin – qui aurait dû se dérouler en décembre.

Affronter l’exode des Vénézuéliens. Une partie de la communauté internationale, notamment l’Union européenne et la Colombie, a déjà dit qu’elle ne reconnaîtrait pas les résultats de cette élection, dénoncée par Washington comme n’étant "ni libre ni juste". Le groupe de Lima s’était constitué en août 2017 pour exhorter le gouvernement vénézuélien à mettre en œuvre des réformes démocratiques, libérer les prisonniers politiques et autoriser les organisations étrangères à fournir de l’aide aux Vénézuéliens. Les chefs de la diplomatie des 14 pays du groupe de Lima, se sont également accordés pour "coordonner leurs efforts pour affronter l’exode de milliers de Vénézuéliens qui fuient la grave crise que connaît leur pays".

Les photos dont on dispose montrent des migrants vénézuéliens sur le pont Simon-Bolivar, qu'à Cúcuta, la ville colombienne à la frontière du Venezuela, des milliers de personnes fuient le régime de Nicolas Maduro. Marie Delcas, correspondante du Monde observe ainsi, le 9 février : Les roues des vieilles valises et des poussettes rouillées crissent sur l’asphalte du pont Simon-Bolivar, qui sépare la ville colombienne de Cúcuta du Venezuela. "Je quitte mon pays parce que j’ai deux enfants à nourrir et parce que je n’ai plus d’espoir", dit Juan Carlos Rodriguez, 37 ans, en tirant un énorme bagage. Il explique : "J’ai pris ma décision le 15 janvier en recevant mon salaire de la quinzaine : je n’avais pas de quoi acheter un kilo de farine de maïs." Technicien radio, Juan Carlos est convaincu que le président vénézuélien Nicolas Maduro va remporter l’élection du 22 avril. "Mes enfants méritent un meilleur avenir", soupire-t-il. Sous une bâche de plastique au milieu du pont, un fonctionnaire colombien examine les documents que présentent les candidats au passage. Ils sont plusieurs milliers. Une femme avec un bébé dans les bras est refoulée, faute de pouvoir présenter son acte de naissance. "Qu’est-ce qui leur prend, s’étonne une vieille femme. Avant, on pouvait passer tranquillement." En aparté, un policier justifie : "Les consignes ont changé."

La veille, le président colombien, Juan Manuel Santos, a fait le voyage à Cúcuta, entouré de neuf ministres. L’afflux de migrants inquiète Bogota. Le chef de l’Etat a annoncé un durcissement des contrôles migratoires et l’envoi de renforts militaires à la frontière : 2 100 soldats supplémentaires devraient y être déployés dans les prochaines semaines. "Notre objectif est de permettre une migration contrôlée et légale", a assuré M. Santos, en appelant ses compatriotes à faire preuve de solidarité envers les Vénézuéliens qui fuient un pays ravagé par la crise.

Un agent des douanes colombiennes fouille sacs et valises. "Dix pots de sauce tomate ? Ce n’est pas pour ta consommation personnelle, non. Repasse de l’autre côté ou je saisis ta marchandise", dit-il. Le jeune homme aux chaussures usées remballe ses pots dans un long soupir. La majorité des Vénézuéliens qui franchissent le pont à l’aube le retraverseront dans l’autre sens à la tombée de la nuit. Les uns vont travailler pour la journée à Cúcuta, une ville commerçante dynamique qui compte désormais plus d’un million d’habitants. C’est le cas de John, 26 ans, plongeur au noir dans une pizzeria.

Les autres vivent de cette contrebande de gagne-petit, pots de sauce tomate, cigarettes ou avocats. Sur le pont, un dollar vaut 100 000 bolivars. À ce taux-là, le salaire minimum vénézuélien est de 6 euros, contre 220 en Colombie. John, qui travaille pour moitié, confie : "Les Colombiens ne nous aiment pas, ils disent qu’on leur pique leur travail. C’est vrai. Mais on n’a pas le choix."

Quelque 35 000 personnes passent la frontière chaque jour. Difficile de savoir combien ne rentrent pas. Selon les services migratoires colombiens, 550 000 Vénézuéliens étaient installés de ce côté-ci de la frontière au 31 décembre 2017. "Les chiffres officiels sont probablement très sous-estimés", pense Carlos Luna, président de la chambre de commerce. Comment savoir combien de Vénézuéliens arrivent par les trochas, ces innombrables sentiers aux mains de groupes armés et de contrebandiers.

Il faut y ajouter les binationaux, qui font le choix du retour, difficiles à comptabiliser. Ce sont les Colombiens et enfants de Colombiens qui ont migré au Venezuela. "Le Venezuela et son pétrole ont pendant un demi-siècle attiré des centaines de milliers de migrants du monde entier, rappelle Teofilo Guevara, 52 ans, en contemplant la marée humaine qui traverse le pont. Difficile de comprendre comment nous en sommes arrivés là." Il était employé de banque. Il vend sur le pont des stylos-billes chinois à trois sous.

"Payer une fortune en bakchich." À côté de lui, une femme est en pleurs. "Mes deux fils, de 18 et 20 ans, devaient me rejoindre à la fin du mois, affirme-t-elle. Mais le président Santos a dit que le passeport serait désormais obligatoire pour passer la frontière. Mes fils n’en ont pas. Santos ne se rend pas compte que c’est impossible pour les pauvres d’obtenir un passeport au Venezuela. Il faut attendre des mois. Et payer une fortune en bakchich."

Coordinateur du Centre des migrants de Cúcuta, Willinton Muñoz est très critique quant aux mesures annoncées par le gouvernement : "Exiger un passeport revient quasiment à fermer la frontière aux plus démunis. Les gens qui ont pris la décision de migrer le feront, en passant par les trochas, en affrontant tous les dangers que cela suppose." Il ne croit pas que les militaires puissent sécuriser la frontière, longue de 2 200 kilomètres. "Même les États-Unis ne peuvent contrôler la leur", ironise-t-il.

Le Centre des migrants a longtemps reçu les déplacés du conflit colombien. Il accueille aujourd’hui une centaine de Vénézuéliens sans abri. Près de la moitié a demandé le statut de réfugié. C’est le cas de Sabrina, étudiante, qui a été de toutes les manifestations contre M. Maduro. "Des hommes armés sont plusieurs fois venus me menacer. Ils ont séquestré mon fils de 5 ans pendant plusieurs heures. Ils ont tout cassé chez moi. Des amis ont été torturés", raconte-t-elle. Elle est arrivée à Cúcuta en septembre 2017 avec ses deux enfants et a dormi dans la rue avant d’arriver au Centre des migrants. Son fils, atteint de leucémie, n’est pas soigné. Seuls les cas d’urgence sont pris en charge par le précaire service de santé colombien.

M. Santos a également annoncé la création d’un camp de réfugiés, avec l’appui des Nations unies, susceptible d’accueillir 2 000 personnes. Les entrepreneurs, qui ont applaudi les mesures sécuritaires, n’aiment pas ce projet. "Le gouvernement devrait plutôt mettre en place un plan de développement efficace, avec l’appui de la communauté internationale", plaide M. Luna.

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