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timochenko chef des farcColombie : Le même jour fatidique

par Eduardo Mackenzie                                    
En ligne le 6 février 2018

Les attaques terroristes contre trois casernes de la police à Barranquilla et Soledad (Atlantico) et à Santa Rosa del Sur (Bolivar), le samedi 27 janvier, laissant neuf policiers morts et 46 blessés (43 policiers et trois civils), ont eu lieu le jour même où le chef des FARC, alias Timochenko, lançait, à Bogotá, sa campagne électorale devant une centaine de personnes à peine.

Cette coïncidence est un signe inquiétant. Elle est une manière d'avertir que la subversion communiste continue à appliquer de façon simultanée ses deux lignes : une violente et une autre, légale, en apparence.

Il est très difficile d’admettre que le meeting des FARC à Bogotá et les attaques à la bombe déclenchées à l’encontre de la force publique ce jour – là, furent le fruit du hasard. Il y a, dans ce qui s'est passé le samedi 27 janvier en Colombie, des coïncidences très dérangeantes qui devraient être examinées avec la plus grande attention.

Ce même samedi, dans l'extrême sud de la Colombie, une voiture piégée a explosé, à l'aube, devant la caserne de la police d'Esmeraldas, Équateur, blessant 28 personnes et détruisant 37 habitations. Cette attaque, à seulement 80 kilomètres de la frontière avec la Colombie, suggère qu’il y avait ce samedi-là une vaste opération narco-terroriste. C'est comme si les cerveaux de ce plan voulaient faire une démonstration de force style Al Qaïda, au nord et au sud de la Colombie. À Quito, où se déroulent les "négociations de paix" entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et l'ELN, plusieurs cellules de l'ELN et des FARC se sont installées depuis plusieurs années sans être inquiétées par les autorités. Jusqu'à quand ?

Les autorités équatoriennes ont montré toutefois plus de clairvoyance que leurs pairs colombiennes : elles ont déclaré que le responsable de l’explosion à Esmeraldas était le narcotrafic et le terrorisme des FARC (selon le chef de l'intelligence militaire équatorienne, cité par El Universo, un journal de Guayaquil) et que Quito fera tout ce qui est en son pouvoir pour que "le terrorisme et le crime organisé ne dérobent pas la paix à l'Équateur".

En revanche, en Colombie, la confusion a prédominé. Le jour des attentats personne ne voulait prononcer le mot FARC. Le chef de la police de Barranquilla a estimé que l'attaque était une "mesure de rétorsion des gangs criminels de droit commun". Le Procureur général, Humberto Martinez, a avancé quant à lui l'hypothèse selon laquelle c’étaient "des individus étrangers qui voulaient faire du terrorisme pour générer des troubles avant le carnaval de la ville". Le président Santos a été le premier à lancer l'idée que l’auteur des deux explosions contre les policiers de Barranquilla était "une cellule de l’ELN".

Quelques heures plus tard, un communiqué de l'ELN - dont l'authenticité n'a pas été établie - est apparu. Il revendiquait l'attaque à Barranquilla et prétendait valider son atrocité en disant que le coupable est le gouvernement car "il refuse de répondre aux besoins de la population". Plus tard, Santos déclarait qu'il y a eu quatre personnes arrêtées pour les "incidents" de Barranquilla et Santa Rosa del Sur. Le lendemain, il admettait qu'il n'y avait eu qu’une seule personne arrêtée.

Le même jour des explosions, un leader social, Temístocles Machado, a été tué par balle à Buenaventura. Là-bas la confusion a régné aussi. Le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, a écarté l’hypothèse d’un coup de la guérilla en disant que cet assassinat avait été le résultat d’une "dispute de territoires". D'autres croient voir la main des FARC ou de l'ELN, qui ont l’habitude d’éliminer les leaders naturels des villages, groupes ethniques et sociaux.

Dans les attaques à Barranquilla ce sont entre 3 et 5 kilos d'explosifs de type militaire qui ont été utilisés et non pas des grenades de main, comme l'avait dit la presse. Les explosifs ont été activés par radio. La première personne appréhendée était un homme de 31 ans, Cristian Camilo Bellón Galindo, domicilié à Bosa, banlieue de Bogota. La police a trouvé sur lui un appareil de radio et deux feuilles de papier où il y avait des schémas de la caserne attaquée et des numéros de téléphones. «L’un d’eux était au Venezuela", a révélé le journal El Heraldo, de Barranquilla. Bellón n’a pas résisté à l’arrestation et a demandé la présence de son avocat. Bellon avait déjà été capturé par les autorités quelques mois auparavant mais un juge l’avait laissé en liberté car il avait estimé que l’arrestation n’avait pas été faite selon les règles.

Le profil du détenu, le téléphone au Venezuela et la simultanéité des attaques à Barranquilla, Soledad, Santa Rosa del Sur et à Esmeraldas, permettent de soupçonner qu’on est face à une organisation terroriste expérimentée et avec des contacts internationaux. Cependant, la presse n’a pas remarqué la simultanéité des explosions et a suggéré qu’il s’agissait de banales incursions de malfaiteurs.

Ces attentats ont généré une vague d’indignation en Colombie. L’ELN tue neuf policiers et blesse 46 autres et exige du gouvernement, en même temps, des négociations "de paix" ! En vain. L'opinion publique ne sait toujours pas d’où vient la menace ni ce que les autorités vont faire pour protéger les casernes et la population. Le climat de confusion qui règne après ces actes brutaux est l'une des caractéristiques de la guerre asymétrique.

Les FARC ont toujours menti et tenté d'attribuer aux autres leurs méfaits. Ces jours derniers, elles ont réussi à faire croire qu'elles ont abandonné leurs armes, qu’elles sont devenues un parti politique comme les autres et qu'elles se consacrent à leur campagne électorale uniquement. Elles font croire qu’elles ne sont plus armées et que les seuls fronts offensifs sont "des dissidences des FARC". Elles nient avoir passé des accords avec l’ELN pour défendre leurs intérêts. Or elles l’ont fait au nez et à la barbe même de Humberto de la Calle, le chef négociateur de Santos à La Havane, lors des rencontres à Cuba, grâce à l'autorisation de Santos, entre les chefs des FARC et les chefs de l'ELN.

Les réunions Timochenko-Gabino, fin avril 2015 puis en mai 2017, ont été si scandaleuses que la Commission d'accusation de la Chambre des représentants de Colombie a ouvert une enquête préliminaire contre le président Santos, mais celle-ci a été très vite archivée.

Grâce aux mensonges imposés à l’opinion, les atrocités d'aujourd'hui n'ont ni visage ni auteurs. Cependant Quito a très vite décelé que les FARC étaient derrière l’attentat à la voiture piégée à Esmeraldas. Conclusion, il est clair que le 27 janvier 2018 ce sont deux organisations narco-trafiquants qui ont agi et non une seule.

A cause de cette manière de voir l’arbre et pas la forêt, ce qui prédomine à Bogotá, face à la barbarie communiste, ce sont des réflexes d’oubli et d'annulation de la colère populaire, ce qui est le fruit des techniques utilisées par le terrorisme pour rester impuni et ne pas payer, même électoralement, pour cela.

Les inventeurs de la stratégie destinée à annuler la résonance des attentats, afin qu'ils soient rapidement effacés de la mémoire collective, car ils veulent implanter l’idée que les FARC sont à présent un parti politique, suivent un schéma de communication peu connu : créer des dilemmes, des paradoxes et des raisonnements contradictoires pour diviser l'opinion.

Telle est la situation en Colombie. Cela explique l’attitude de la population après chaque vague d'attaques : la vague d'indignation monte, puis elle régresse et, enfin, la paralysie s'installe. Et les terroristes continuent leur sale boulot.

La guerre des FARC contre la Colombie inclut de tels jeux médiatiques. Grâce à la faiblesse des services d'intelligence et de défense du pays, désorganisés par un gouvernement qui cherche à tout prix à montrer à l'étranger qu'il a construit "la paix", le terrorisme continue de plus belle.

La galaxie FARC-ELN et ses appareils légaux savent qu’ils ne sont pas capables de prendre d’assaut Bogota --ils l'ont essayé par le passé mais ils ont été défaits par l’armée--. Sa stratégie actuelle est plus subtile et perverse : soumettre les volontés, contrôler les esprits et amener une partie de la société à la capitulation psychologique et politique.

Cela a certainement des visées électorales. La gauche qui a soutenu l'aventure pro FARC de Santos proclame qu’elle "a obtenu la paix" et qu'elle mérite de rester au pouvoir pour "mettre en œuvre les accords" de La Havane et "approfondir la paix". Les sondages reflètent un état de confusion de l’opinion publique : la grande majorité de la population déteste les FARC, mais ne voit pas les liens que celles-ci tendent vers les factions de la gauche légale.

Ainsi, les candidats les plus favorisés dans les sondages sont précisément, à l’heure actuelle, ceux qui ne proposent aucune rupture avec les FARC. Ce paradoxe est le résultat des techniques de désinformation décrites ici. Les partis de l'opposition qui ne soient pas attentifs à ces réalités auront peu de chance, hélas, de mobiliser et faire sortir les électeurs de la confusion régnante..

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