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soldats de l'armée régulière afghaneAfghanistan : un refuge pour Daech

Chronique du 1er février 2018

Les événements d'Afghanistan se précipitent et suscitent les gros titres de nos journaux : "En Afghanistan, l'Amérique tombe dans le piège taliban", "Les Afghans pris dans l'escalade militaire des talibans ", "L'État islamique revendique une nouvelle attaque en Afghanistan", "L'attaque de l'hôtel Intercontinental de Kaboul fait 18 morts ". Le ton dominant des médias français tend à mettre en cause "les erreurs américaines".

Voici comment Georges Malbrunot, Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient présentait la situation dans le Figaro en ligne ce 31 janvier.

Souvent en conflit avec les talibans, les combattants de l'État islamique ont eux aussi accru leurs attaques, notamment à Kaboul, et auraient reçu des soutiens venus d'Irak et de Syrie.

Même si le chiffre des migrations de djihadistes d'un "califat irako-syrien" moribond vers l'Afghanistan n'est pas encore très élevé, ces mouvements inquiètent les services de renseignements occidentaux. Et d'abord, les Français.

Interrogé par Le Figaro à Kaboul fin décembre, un porte-parole de l'Otan assurait ne pas avoir eu connaissance de mouvements de combattants de Daech venus d'Irak et de Syrie vers l'Afghanistan. Toutefois, Baaz Mohammed Dawar, gouverneur du district de Darzab, non loin de la frontière avec l'Ouzbékistan, affirmait précédemment qu'"un certain nombre de ressortissants français et d'Algériens" venaient d'arriver dans sa région. Celle-ci est l'un des nouveaux bastions de Daech, depuis son apparition en 2015 en Afghanistan.

Des Français éliminés
Aux côtés de leurs femmes, se déplaçant avec un interprète venu du Tadjikistan, la douzaine de djihadistes était accompagnée de Tchétchènes, d'Ouzbeks et de Tadjiks, et certains avaient séjourné en Irak. Plusieurs Français se font appeler "les ingénieurs", soi-disant venus pour développer une exploitation minière. Ces renforts bénéficieraient d'une filière djihadiste au Tadjikistan, où un Français a été arrêté en juillet et condamné à cinq ans de prison pour "entrée illégale" sur le territoire. Il s'agirait d'un plombier d'une trentaine d'années, résidant à Cavaillon, dans le sud-est de la France, qui a reconnu vouloir rejoindre Daech en Afghanistan. Deux autres individus, interpellés au même moment, étaient détenteurs de faux passeports français.

Dans ce district de Darzab, qui fait partie de la province de Jowzjan, de nombreux fonctionnaires gouvernementaux ont fui. Dans ce district, Daech aurait recruté de force une cinquantaine d'enfants pour commettre des attentats. En 2015, l'État islamique établit ses premières cellules dans le sud et l'est de l'Afghanistan, notamment dans les provinces de Nangarhar et Kunar, d'où proviennent la plupart de ses combattants. L'État islamique en vient à contrôler une large bande de territoire à la frontière afghano-pakistanaise, puis s'étend dans trois provinces du Nord (Jowzjan, Faryab et Sar-e Pol). Pour attaquer certaines régions, Daech s'allie ponctuellement avec des talibans, faisant fi de leurs affrontements autour du contrôle du marché de la drogue, d'où la succursale afghane de l'État islamique tire une part importante de ses revenus.

Selon certains spécialistes, l'État islamique aurait fait de l'autre province de Jowzjan un "carrefour" pour accueillir et entraîner les combattants étrangers
Entre la maison mère irakienne de l'État islamique et sa filiale afghane, des liens existent. Début 2016, le pouvoir afghan a interpellé un homme d'affaires, soupçonné d'avoir joué les intermédiaires pour acheminer un million de dollars au chef local de l'EI à Achin. Dans les bases de Daech à Achin, les autorités ont trouvé des documents, envoyés par mail d'Irak, détaillant des techniques d'embrigadement et de combat contre les forces afghanes. Selon certains spécialistes, l'EI aurait par ailleurs fait de l'autre province de Jowzjan un "carrefour" pour accueillir et entraîner les combattants étrangers. C'est à Jowzjan que six employés du Comité international de la Croix-Rouge ont été tués en février 2017 dans une embuscade, qui n'a jamais été revendiquée.

Signe d'une capacité d'action accrue, la branche afghane de Daech a commis pas moins de cinq attentats en décembre et janvier, frappant, pour quatre d'entre eux, Kaboul, avec pour cible les services de renseignements, un centre culturel chiite, des policiers et une ONG étrangère (Save the Children). Ces attaques firent, au total, une soixantaine de morts. Ces dernières semaines, selon L'Express, plusieurs combattants français de l'EI ont été tués par des frappes de missiles américains. Les États-Unis évaluent à 700 environ l'effectif de l'EI en Afghanistan. Un chiffre qui pourrait croître avec l'arrivée d'autres djihadistes, en errance au Levant.

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