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Vietnam : l'enlèvement d'un exilé par le régime communiste

En ligne le 7 août

la confession autocritiue                                 Trinh Xuan ThanhLe 2 août, le porte-parole du ministère des affaires étrangères allemand le exprimait la conviction de son gouvernement  : "Il n’y a plus le moindre doute sur le fait que les services secrets vietnamiens et l’ambassade du Vietnam à Berlin ont participé à l'enlèvement" de Trinh Xuan Thanh, ancien cadre du Parti communiste vietnamien tombé récemment en disgrâce dans son pays.

Et il qualifiait ce geste d’"atteinte flagrante et sans précédent aux lois allemandes et au droit international".

Le lendemain 3 août les autorités communistes vietnamiennes réagissaient et rejetaient ces accusations.

Récit de Thomas Wieder, correspondant du Monde à Berlin : "Berlin, un matin d’été. Un homme se promène dans le parc de Tiergarten, non loin de la chancellerie, quand, soudain, des individus armés font irruption, lui administrent quelques coups et l’engouffrent dans une voiture immatriculée en République tchèque, avant de prendre la fuite à toute allure… Une scène d’un roman de Philip Kerr ? Non, l’histoire bien réelle de Trinh Xuan Thanh, naguère député vietnamien, et kidnappé dimanche 23 juillet au cœur de la capitale allemande. Une histoire qui provoque aujourd’hui une grave crise diplomatique entre Berlin et Hanoï."

Agé de 51 ans, Trinh Xuan Thanh s’était installé à Berlin il y a quelques mois. Ancien cadre du Parti communiste au pouvoir au Vietnam, ancien membre du Parlement, il était récemment tombé en disgrâce, accusé notamment d’avoir fait perdre 125 millions d’euros à la société publique d’hydrocarbures, dont il était le président.

Poursuivi par la justice de son pays, il avait pensé refaire sa vie en Allemagne, où il avait déjà vécu dans les années 1990. Lundi 24 juillet, il avait d’ailleurs rendez-vous dans les bureaux berlinois de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés, où sa demande d’asile devait être étudiée. Ce jour-là, l’un de ses avocats s’était étonné de son absence. Il n’imaginait pas ce qui lui était arrivé, la veille, au parc de Tiergarten…

Ce n’est qu’une semaine après sa disparition que Trinh Xuan Thanh est réapparu. Lundi 31 juillet, un journal vietnamien annonçait qu’il était de retour dans son pays, affirmant qu’il s’était livré de lui-même aux autorités. Une version contestée par ses avocats allemands. "Jamais il ne se serait rendu librement aux autorités vietnamiennes. Il savait que, pour des raisons politiques, il ne serait pas traité selon les règles du droit", ont-ils déclaré à plusieurs médias.

Le 3 août, souligne Libération, "la télévision d’Etat a diffusé dans la soirée des images de Thanh lors d’une confession autocritique qui fleure bon le mea-culpa forcé et dicté".

Depuis déjà plusieurs semaines, le cas de Trinh Xuan Thanh faisait l’objet de pourparlers entre Berlin et Hanoï. Mercredi, le porte-parole du ministère des affaires étrangères allemand a ainsi déclaré que "de hauts responsables vietnamiens avaient demandé son extradition en marge du sommet du G20" organisé à Hambourg, les 7 et 8 juillet.

Le gouvernement allemand a fait savoir à l’ambassadeur du Vietnam à Berlin, qui a été convoqué mardi au ministère des affaires étrangères, qu’il "exigeait que Trinh Xuan Thanh puisse revenir sans délai" outre-Rhin. Assurant être prêt à "tirer toutes les conséquences politiques et économiques" de cette "procédure inacceptable", Berlin a par ailleurs fait savoir, mercredi, qu’il considérait désormais le responsable des services secrets de l’ambassade comme persona non grata· et qu’il lui donnait quarante-huit heures pour quitter le pays.

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