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Espagne : Le "génie de Lénine" vu par le n°1 de Podemos

En ligne le 4 août

Iglesias et Garcia LlineraLes rapports entre le communisme léniniste et la nouvelle extrême gauche, européenne ou latino-américaine, restent à préciser. Pablo Iglesias, le secrétaire général du mouvement espagnol Podemos apporte cependant un éclairage à la fois instructif et  inquiétant sur cette question. Ce promoteur d’une soi-disant "nouvelle façon de faire de la politique" montre surtout que ses liens avec le léninisme sont très forts. On peut même parler ici de relation fusionnelle.

Le 26 juillet dernier, il participait au Cercle des Belles Lettres de Madrid à un débat avec le vice-président de Bolivie, Alvaro Garcia Linera, dans le cadre de la présentation de Temps sauvages. A cent ans de la révolution russe, de Juan Andrade et Fernando Hernandez Sanchez, publié aux éditions Akal.

Publico, un journal espagnol de gauche, en ligne, a rendu compte de ce débat et surtout de l’intervention de Pablo Iglesias sur Lénine, le communisme et la Révolution soviétique. Sans doute aurait-on préféré la transcription exacte des propos ainsi tenus. Mais tel qu’il est, plus ou moins improvisé, avec ses formules incantatoires à l’emporte-pièces qui tiennent souvent plus d’une poésie nostalgique que d’une analyse, le présent discours du dirigeant de Podemos tinte à nos oreilles comme un aveu et un avertissement. Nous en proposons ci-dessous une traduction à nos lecteurs.

                                                                                           PR

Pendant son intervention, Pablo Iglesias a défini le "génie bolchevique" de Lénine par sa "capacité d’interpréter la politique comme l’art de penser et de réaliser ce qui paraissait impossible." Il l’a défini aussi par "l’efficacité et la flexibilité en politique".

Débat "dangereux", à l’entendre, où se rencontrent partout des signifiants du mal.

Iglesias a commencé sa réflexion en reconnaissant ce qu’avait d’ "indéniablement dangereux" le sujet dans lequel il entrait, d’autant qu’aujourd’hui il parlait en tant que dirigeant politique ayant "d’énormes responsabilités" et non comme professeur. "Nous entrons là dans une forêt obscure pleine de signifiants du mal. Et à coup sûr nos adversaires affutent leurs épées, leurs couteaux et leurs plumes pour nous associer à ces signifiants du mal", a-t-il indiqué.

(…) Après avoir affirmé qu’il assumait cette "aventure", Iglesias a commencé son analyse de la Révolution soviétique et a souligné la nécessité d’aborder le léninisme et son influence dans la société actuelle comme "une question méthodologique plus que symbolique". C’est là la clef, selon lui, pour comprendre pourquoi cet événement historique "continue de déclencher des craintes, des passions et des enthousiasmes."

C’est à ce moment qu’il a eu recours au concept de "génie bolchevique" défini comme "cette clef politique" qui permet d’ "ouvrir les portes de l’histoire" qui semblaient fermées. "C’est quelque chose qui va beaucoup plus loin que la propre Révolution d’Octobre, qui va beaucoup plus loin que l’expérience soviétique, ses succès et ses crimes indéniables. C’est quelque chose qui va bien au-delà de l’histoire des pays socialistes, des révolutions et des partis communistes", a-t-il expliqué.

Selon Iglesias, Lénine, qu’il a défini comme "la clef fondamentale pour comprendre la Révolution", fut capable d’inaugurer une nouvelle science politique "pour gagner". Cette clef ne prétendait plus seulement interpréter l’histoire mais la transformer, c’est à dire changer la philosophie en science politique. "C’est cela qui fait de Lénine, indépendamment de ses idées, une figure de la science politique, comparable à ce que représentent Machiavel, Weber ou Schmidt", a-t-il assuré.

La traduction pratique de cette position est que Lénine a pu "doter ceux d’en bas d’une science politique plus puissante que la science politique de ceux d’en haut" (…) Ceux d’en bas, malgré leur faiblesse et le fait qu’ils soient dénués d’instruments pour changer les choses, "rencontrent une série de mécanismes qui les conduit à l’action politique et les rendent redoutables pour leur adversaire".

Ce sera précisément, à son avis, "une des clefs du développement de l’anticommunisme", lequel repose sur la "peur permanente de cette culture politique bolchevique" qui a "la capacité  de l’emporter, y compris dans des circonstances extrêmement difficiles" ; "la capacité de vaincre des ennemis imbattables", a-t-il dit en résumé.

En quoi Iglesias a soutenu qu’en ce sens "Lénine était un génie de la conquête du pouvoir quand le pouvoir était rejeté". Et en même temps qu’il montrait cette autre vertu du "génie bolchevique" - le fait qu’il "terrorise" ses adversaires – Iglesias dressa l’éloge de "sa capacité à produire de l’ordre".

"La clef du génie bolchevique est sa capacité d’interpréter la politique comme l’art de ce qui paraissait impossible"  (…) "Non seulement les bolcheviks sont capables d’animer une insurrection. Ils sont de plus capables de produire de l’ordre. On trouve de très nombreuses expressions historiques de cette capacité de lecture des portes qui ouvrent l’histoire. Le génie bolchevique est cette clef qui ouvre les portes qui semblaient fermées", a-t-il souligné. Selon lui, "la clef du génie bolchevique est ce qui fait qu’aujourd’hui encore on puisse avoir peur d’en parler" parce que c’est "le pouvoir de concevoir la politique comme l’art de ce qui paraissait impossible (…) Le léninisme dit que l’étude assidue et la compréhension des clefs peuvent se changer en réalité", a-t-il souligné.

"Le génie bolchevique est le meilleur héritage que nous ayons reçu de la Révolution pour travailler pour les autres, pour la majorité d’en bas", conclut Iglesias  avant de donner la parole au dirigeant bolivien qui se déclara "ébloui" par les dirigeants de Podemos. "Nous les aimons beaucoup, a-t-il assuré. Ils sont l’espoir de beaucoup de gens."

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