logo ihs

Venezuela : une Constituante qui marque la fin de la démocratie

En ligne le 2 août

icône de chavezDans un entretien réalisé par Patrick Bèle et publié le 28 juillet par Le Figaro Paula Vasquez analysait les enjeux de la Constituante que le régime chaviste était en train de mettre en place pour assurer sa propre survie. Elle-même vénézuélienne et docteure en anthropologie sociale et ethnologie, chargée de recherche au centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron (Cespra) du CNRS, elle vient d'effectuer une enquête au Venezuela.

Le Figaro : Que cherche le président Maduro avec cette Constituante et pourquoi l'opposition n'y participe-t-elle pas?

Paula Vasquez. — En situation de faiblesse politique, Nicolas Maduro veut faire table rase et refonder la nation. Mais il le fait de façon illégale, car la Constitution prévoit un référendum préalable à la Constituante. Lundi, il n'y aura plus de Constitution, donc le Parlement, où l'opposition domine, n'aura plus de rôle officiel et les nouveaux élus désignés par le scrutin de dimanche vont siéger à la place des députés ! L'opposition rejette ce scrutin, car il met fin à toute référence légale, permettant ainsi au pouvoir de faire à peu près ce qu'il veut. De plus, le collège électoral a été totalement redéfini. Chacun est répertorié selon l'activité que le Conseil national électoral lui a attribuée. J'ai vu un président d'université enregistré comme entrepreneur, un député comme retraité. C'est un système à la cubaine qui rompt avec le principe d'un homme, une voix. C'est la fin de la démocratie. On sait qu'une nouvelle Constitution est déjà écrite. Il y aurait des chapitres importants sur la propriété privée et sur le contrôle de la distribution alimentaire et des banques.

Qu'en pense la population ? Dans les entretiens que j'ai pu faire, beaucoup de mes interlocuteurs m'ont dit savoir que ce sont les conseils communaux (désignés par le pouvoir au sein des chavistes) qui ont décidé qui participera à la Constituante. Ils sont convaincus que le vote n'est pas secret. Une employée de blanchisserie qui a du mal à nourrir ses quatre enfants m'a dit avoir été prévenue: si elle ne vote pas dimanche, le conseil communal refusera de lui vendre les paniers de nourriture subventionnés. C'est un contrôle politique par le ventre.

Le scrutin aura lieu malgré les pressions internes et externes ? Je pense qu'ils vont le maintenir, mais il n'aura aucune légitimité, car je crois que les gens vont s'abstenir en masse. N'oublions pas que, le 16 juillet, l'opposition a réussi à faire signer par 7,5 millions de Vénézuéliens une demande d'annulation de la Constituante avec à peine 20 % des bureaux ce vote. Un espoir circule: l'armée pourrait refuser de participer au "plan Republica" (encadrement du scrutin): depuis les années 1960, pour qu'une élection soit légale, il faut que l'armée soit déployée sur tout le territoire. Si les militaires refusaient, le scrutin ne serait pas validé. Il faut surveiller cela dimanche.

Le gouvernement Maduro est-il au bord de la chute ? Le pays vit une profonde crise depuis décembre 2015 avec les élections législatives gagnées par l'opposition. Pour autant, il n'y a pas vraiment de bras de fer entre le gouvernement et l'opposition à l'Assemblée nationale puisqu'elle a été progressivement dépouillée de ses prérogatives. Les centaines de lois votées par le Parlement ont été déclarées illégales. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est quand le Tribunal suprême de justice s'est attribué les pouvoirs législatifs en substitution du Parlement début avril.

Mais même si le président Maduro quitte le pouvoir, la contestation se poursuivra, car la situation sociale et économique est dramatique. Les pénuries de nourriture et de médicaments ne vont pas cesser du jour au lendemain. Et c'est la première cause de la colère des Vénézuéliens.

Par ailleurs, si le gouvernement tombe, que vont devenir les "colectivos", ces groupes de civils qu'il a armés et qui sèment la panique dans les manifestations? On les reconnaît aux motos japonaises neuves que le gouvernement leur a payées. Le président Maduro leur a lui-même demandé de défendre le gouvernement les armes à la main.

Que peut-il se passer lundi après le scrutin de dimanche ? L'opposition ne peut que continuer à manifester. Des secteurs radicaux conseillent à la MUD d'entrer en lutte armée. Des gens souhaitent une invasion des États-Unis. Cela fait froid dans le dos. Le problème est que l'opposition a utilisé tous les schémas institutionnels. Il faut donc commencer à faire des actions qui ne soient pas illégales, mais qui ne soient pas prévues par la loi. Les autorités et la police sont depuis longtemps sorties du cadre institutionnel. Si vous avez un proche arrêté pendant les manifestations, vous pouvez payer pour le libérer. Cela coûte un demi-million de bolivares (l'équivalent de 500 euros environ). On paie par virement, car il n'y a plus de liquidités disponibles!

r→ au cours de sa conférence du 13 mai 2014 Paula Vasquez présente son livre "Le Chavisme un militarisme compassionnlel".

→  Recevoir nos mises à jour
Revenir au fil de nos chroniques

Tweet