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Venezuela : l’étonnant retrait de la France

En ligne le 1er août

à caracas ce 30 juillet maduro votait le premierLa réprobation a été quasi-générale dans le monde après le simulacre d’élection ce 30 juillet d'une Constituante au Venezuela. Tous les candidats et tous les élus étaient liés au pouvoir et, en dépit de l'obligation des voter imposée aux fonctionnaires et les fortes pressions exercées à tous les niveaux de la société, la participation fut en réalité très faible. Or, le Quai d’Orsay n’a réagi qu’a posteriori aux derniers événements vénézuéliens. Ainsi, la France qui aime à se décerner elle-même des brevets en matière de droits de l'homme, s'est à ce jour montrée singulièrement discrète, ce que souligne Gilles Sengès dans L'Opinion de ce 1er août :

Le Parti socialiste au pouvoir au Venezuela s’est engagé lundi à ce que l’Assemblée constituante se mette au travail au plus vite, au lendemain d’un scrutin contesté et largement boycotté par l’opposition. Une dizaine de personnes, au moins, ont été tuées dans des heurts qui ont opposé la police à des adversaires du président Nicolas Maduro. Selon la commission électorale, 8,1 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes dimanche, un chiffre nettement supérieur aux 2,5 millions estimés par l’opposition.

Seule exception : un tweet le 30 juillet de Manuel Valls : "Ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela impose une réaction très ferme. Maduro cherche à imposer une dictature. La communauté internationale doit réagir" … L’ancien Premier ministre aujourd’hui enregistré à l’Assemblée nationale comme député de la majorité présidentielle, les réactions officielles françaises ont été plus que discrètes sur les événements qui ont secoué ces derniers jours le Venezuela. Il a fallu attendre la fin de matinée, lundi, pour que le Quai d’Orsay émette un communiqué à l’eau tiède pour condamner les violences sans autre précision, regretter l’échec des efforts de médiation et inviter le gouvernement vénézuélien à garantir "ses engagements internationaux en matière de respect des libertés publiques".

Dans le même temps, l’Allemagne condamnait "l’usage disproportionné de la force" et dénonçait ouvertement des élections "destinées à diviser plus encore le pays" et à "affaiblir" les institutions démocratiques tandis que l’Espagne annonçait qu’elle ne reconnaîtrait pas d’ores et déjà la nouvelle Assemblée constituante "refusée par la majorité des Vénézuéliens".

"Après le volontarisme de François Hollande qui a multiplié durant son quinquennat les voyages dans la région notamment à Cuba et a appuyé encore récemment le processus de paix en Colombie en se rendant au début de l’année dans un camp des combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), cette attitude de retrait est assez surprenante. L’hypothèse optimiste, c’est que la France agit en coulisse et demeure discrète pour cette raison ; l’autre, c’est qu’elle reste à l’écart de l’Amérique latine", commente Gaspard Estrada, directeur exécutif de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes à SciencesPo, visiblement guère convaincu par le premier scénario.

Tropisme. Certes, Emmanuel Macron a reçu cinq présidents latino-américains (Guatemala, Pérou, Colombie, Mexique, Argentine) depuis son arrivée à l’Elysée mais il n’a jamais fait référence à ce sous-continent dans ses interventions sur la politique étrangère de la France. A l’exception de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, qui fut directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Iheal), personne dans son gouvernement n’a particulièrement de tropisme pour la région.

Il a été mis fin à la mission de Jean-Pierre Bel, l’ancien président du Sénat catapulté envoyé spécial personnel de François Hollande pour l’Amérique latine et les Caraïbes, et il n’a pas été donné le même lustre à la "semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes". Jusqu’à cette année, habitude avait été prise d’organiser à cette occasion une réception officielle à l’Elysée.

"Le fait que la France ne prenne pas position sur la grande crise que représente le Venezuela pour l’Amérique latine interpelle d’autant plus que c’est une région clé pour le multilatéralisme, la défense des Accords de Paris sur le climat et la lutte contre le protectionnisme", continue Gaspard Estrada qui dans une récente tribune écrite pour le New York Times estimait qu’Emmanuel Macron aurait pu "faire contrepoids à Donald Trump" en Amérique latine. Ce n’est pas le cas dans le dossier vénézuélien où après avoir imposé, dès mercredi dernier, des sanctions contre treize proches de Nicolas Maduro, les Etats-Unis promettent aujourd’hui "des mesures fortes et rapides contre les architectes de l’autoritarisme".

Elles pourraient toucher la compagnie publique Petroleos de Venezuela (PDVSA), via un embargo sur la vente de pétrole léger américain utilisé pour diluer sa production. Or, l’or noir contribue à 95 % des exportations du pays. "Nous n’accepterons pas un gouvernement illégitime. Le peuple vénézuélien et la démocratie prévaudra", a prévenu l’émissaire américaine aux Nations unies, Nikki Haley, qualifiant l’élection de "mascarade" et jugeant qu’elle représentait une "nouvelle étape vers une dictature".

Rare note discordante dans le concert de réprobation, la Russie demande à la communauté internationale de "ne pas augmenter la pression économique" sur le Venezuela afin de laisser le temps à "l’Assemblée constituante d’établir les bases d’une solution pacifique"

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