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Quand l'Éthiopie était communiste

En ligne le 18 juillet

mengitsu haïlé mariamLe 16 juillet, François Waroux, ancien officier traitant de la DGSE qui a été chef de poste en Ethiopie de 1983 à 1986, explique ainsi ce que l’Ethiopie du "Négus rouge" dans les années 1980 :

Dans les années 1980 et surtout pendant la famine 1983-1985, période pendant laquelle j’étais sous couverture diplomatique comme deuxième secrétaire à l’ambassade de France, Mengistu Halié Mariam avait déjà commis ses exactions en 1977-1978 . La famine avait occulté en 1983-1985, si on peut dire, les dizaines de milliers de morts qu’il comptait à son terrible actif.

Mengistu avait réduit au silence le centre de l’Éthiopie, le Shewa, mais pas les provinces du Nord, à savoir l’Érythrée, le Tigray et le Gondar. Ces provinces sont éloignées du pouvoir central, c’est à dire du DERG (le pouvoir militaire). Ces provinces en particulier l’Érythrée étaient toutes animées du sentiment d’indépendance en réaction aux massacres perpétrés par Mengistu et à sa dictature.

Ce dernier avait donc assis son pouvoir au centre de l’Éthiopie mais pas au Nord . On peut dire que la famine est arrivée à point nommé pour mater les rebellions sous jacentes du Nord. Sous prétexte de la famine, des populations entières ont été déplacées dans les provinces plus humides de l’Ouest (le Wollega en particulier), mais pourries par la malaria et envahies par toutes sortes d’insectes. Ainsi on affaiblissait naturellement ces populations déplacées ; Menguistu souhaitait les voir disparaître. Ce programme de déplacement s’appelait la "villagisation". On demandait aux déplacés de construire tout simplement de nouveaux villages et ce dans des conditions déplorables.

Cette Éthiopie du "Négus rouge" ne représentait quasiment rien vis-à-vis du monde extérieur. Les artistes se sont émus à travers un ou deux tubes vraiment à succès. Sur le terrain les vivres arrivaient. Leurs distributions étaient entravées par l’administration tatillonne du DERG. Les céréales pourrissaient dans des hangars à Djibouti ou Massawa en Érythrée... J’ai entendu parler d’explosion mais je n’ai pas pu vérifier la chose ; l’huile se revendait dans les marchés. On la trouvait dans de grands bidons de 5 ou 10 litres. Par quel miracle on retrouvait cette huile comestible ? Les routes étaient en effet toutes contrôlées à l’entrée et à la sortie des villages.

Au Sud d’Addis-Abeba, c’était la pauvreté et encore de l’instabilité avec le voisin somalien.

Au Centre les militaires profitaient du régime. Tandis que les pauvres ramassaient les grains de riz qui tombaient des camions.

Au Nord les hommes étaient déplacés laissant parfois les familles et les enfants qui attendaient que les villages se construisent à l’Ouest.

Pour résumer Mengistu avait figé des millions de personnes terrorisées. Son autorité s’appuyait aussi sur une population certes figée mais aussi pénétrée et soudée par son adhésion ancestrale et sans faille à la religion chrétienne copte.

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