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Le général David Petraeus : "Daech, le combat de notre génération"

En ligne le 3 juillet

Le général PetraeusAlors que les assauts des forces anti-Daech sont sur le point d’aboutir à Mossoul comme à Raqqa, le général David Petraeus, ancien patron de la CIA et du Central Command, a répondu cette semaine aux questions du Journal du Dimanche.

Cela fait des semaines que l’on attend la chute de Mossoul. Les Irakiens disent que c’est imminent. C’est une ville que vous connaissez particulièrement bien.

La question n’est pas de savoir si elle va tomber ni comment. Ce n’est qu’une question de temps. Les forces irakiennes que nous avons entraînées sont courageuses et bénéficient d’un réseau de renseignements techniques et humains exceptionnel. La situation topographique est telle dans la vieille ville que les combats y sont ralentis. Les djihadistes ont creusé des tunnels partout, ce sont de véritables terriers. La progression est rendue difficile aussi parce qu’ils retiennent des civils en otage. Quant à leurs combattants qui sont soupçonnés de déserter, ils sont exécutés. Daech est un ennemi aguerri, barbare et brutal au-delà de toute compréhension.

Quand Mossoul tombera, quels seront les risques politiques et militaires pour la suite ?
La complexité ethnique et religieuse de cette ville, qui est majoritairement sunnite mais avec une mosaïque de minorités confessionnelles, est énorme. Toute la difficulté sera de garantir la viabilité des arrangements politiques pour que cette ville et cette région soit gouvernée de façon inclusive. A l’heure actuelle à Bagad, il y a d’ailleurs un débat assez vif entre ceux qui estiment impératif de multiplier les gestes d’ouverture aux sunnites et ceux qui s’y opposent, soutenus principalement par l’Iran,  au sein même de la nébuleuse chiite. Mais sur le plan militaire, même après la chute de Mossoul, Daech restera une menace importante dans quelques fiefs secondaires comme Hawidjah et même à Bagdad où elle dispose toujours de cellules actives capables de perpétrer des attentats majeurs.

"Ce qui vient de se passer en Syrie depuis 2011 est un Tchernobyl géopolitique"

La coalition n’a pas attendu que Mossoul tombe pour lancer l’assaut sur Raqqa. Fallait-il accélérer les choses? A Raqqa, je ne doute pas non plus que Daech sera vaincu. Ce qui m’intéresse maintenant, c’est aussi ce qui se passera après du côté de Deir Ezzor où les djihadistes se replieront et où ils tomberont sur l’armée syrienne qui tente d’établir une jonction entre Deir Ezzor, Palmyre et Damas. Le Califat sera donc vaincu militairement mais restera virtuel et continuera d’être une menace pour les pays de la région et pour nos démocraties. C’est le combat d’une génération, la nôtre. Comme en Afghanistan après la défaite et la dispersion d’al-Qaïda.

En Syrie, tout le monde se prépare déjà pour le grand partage... Ce qui vient de se passer en Syrie depuis 2011 est un Tchernobyl géopolitique qui a irradié toute cette partie du monde qui va de l’Iran jusqu’à l’Europe du Nord. Les tsunamis de réfugiés que cette guerre a déclenché ont constitué la menace la plus grande des pays de l’OTAN, une crise plus importante encore que celle de l’Euro. Vous parlez maintenant de partage, je préfère parler de constitutions de zones sûres pour chacun des camps en conflit avec des lignes de cessez-le-feu. Alors oui, appelons cela des mini-partitions mais il faudra bien qu’à un moment, une fois Daech défait, on mette un terme à ce bain de sang.

Propos recueillis à New York par François Clemenceau

 

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