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Philippines : la bataille de Marawi

En ligne le 15 juin

Soldats philippins à MarawiDepuis le 23 mai, des milliers de soldats philippins livrent des combats acharnés à des combattants qui ont prêté allégeance à l'État Islamique et se servent d'environ 2 000 civils comme boucliers humains.

Porte-parole de l'État Islamique, Aboulhassan al-Mouhajer, a lancé un appel général aux djihadistes à travers le monde pour qu'ils poursuivent leurs attaques d'ici à la fin du ramadan. Réalisé par Al-Furqan, un groupe de production et de propagande de l'organisation, cet appel a été diffusé par des comptes djihadistes sur les réseaux sociaux.

"Enfants du califat dans l'est de l'Asie, a-t-il proclamé, nous vous félicitons pour la prise de Marawi", a déclaré le porte-parole. Il se référait aux djihadistes qui se sont emparés de la ville de Marawi, dans le sud des Philippines.

Cinquante-huit soldats et policiers ont été tués dans les combats de Marawi, de même que plus de 20 civils. L'armée estime que près de 200 djihadistes ont été tués.

Depuis fin mai, l’État islamique s’est ainsi emparé d’une partie de la ville de Marawi, 200 000 habitants, au nord-ouest de Mindanao, la grande île à majorité musulmane du sud de l’archipel. Face au risque d’enlisement, le Président philippin Duterte a dû accepter l’aide des forces spéciales de son "ennemi" américain. Et, le 12 juin, pour le 119e anniversaire de l’indépendance de la République des Philippines a été lancée l'offensive de libération de la ville. Le 9, le général Restituto Padilla avait affirmé qu'il la reprendrait en trois jours. Mais, le 13 les autorités ont dû reconnaître que les combattants islamistes occupaient encore 20 % de Marawi…

Le président philippin Duterte, avait jusqu'ici concentré ses efforts dans une lutte sans merci contre la drogue. Il affronte désormais à Mindanao sa plus grave crise depuis son élection en 2016. Et face à l’emprise grandissante du terrorisme islamiste, la loi martiale a été instaurée à Mindanao.

Rohan Gunaratna dirige à Singapour le Centre international de recherches sur la violence politique et le terrorisme. Il observe que "les Philippines apparaissent dorénavant comme l’épicentre de l'État Islamique en Asie. Le sud du pays est désormais considéré par les combattants à la fois comme une base opérationnelle et un champ de bataille où ils peuvent acquérir des connaissances et des compétences avant de repartir dans leur pays d’origine." Et cela aura des implications pour toute la région. "En ce sens, poursuit-il, Marawi est un tournant pour l'État Islamique et aussi pour Manille. Même s’ils ne la contrôlent plus aujourd’hui, les islamistes ont démontré qu’ils pouvaient s’emparer d’une grande ville."

La crise de Marawi a aussi révélé la faiblesse, l’impréparation des autorités de Manille, voire une grave erreur des services de renseignement. "Les assaillants sont une agrégation de différents groupes qui ont joint leurs forces pour l’occasion. Le niveau de résistance sort donc de l’ordinaire puisqu’on a une concentration d’insurgés d’environ 500 personnes", explique Romain Quivooij, chercheur associé au Centre d’excellence pour la sécurité nationale de l’université de Nanyang Technological à Singapour. Ancien de l’état-major français, celui-ci estime que les "troupes philippines ne sont pas vraiment entraînées et habituées au combat urbain, car ces forces armées impliquées dans la lutte antiterroriste interviennent traditionnellement en milieu rural, dans les jungles de la partie sud-ouest de Mindanao. Enfin, les otages rendent toute solution purement militaire très compliquée à mettre en œuvre".

Manille doit surtout faire face à une nouvelle donne. Région à la corruption endémique, en proie à des insurrections régulières et à des activités criminelles opérées par des clans indépendantistes et islamistes, Mindanao n’a jamais été un havre de paix., souligne Arnaud Vaulerin pour l'AFP :

En 2013, l’armée philippine avait déjà affronté un siège dans la ville de Zamboanga, à 400 kilomètres au sud-ouest de Marawi, au cours duquel plus de 220 personnes avaient trouvé la mort. La crise avait duré vingt jours.

Depuis début 2016, une coalition de l'État Islamique a émergé dans ce pays. Elle est constituée de quatre groupes.

L’un est une des factions d’Abu Sayyaf, qui s’est rendu célèbre pour des actes de piraterie et de kidnapping de touristes. Il est dirigé par Isnilon Hapilon, un prêcheur de 51 ans devenu "l’émir-leader" de l’État islamique en Asie du Sud-Est. Dès 2014, il était apparu dans une vidéo d’allégeance à l’organisation jihadiste. Sa tête est mise à prix par les États-Unis et les Philippines. La crise à Marawi a commencé quand, le 23 mai, l’armée a tenté de le capturer. En entrant dans une cache supposée, elle s’est retrouvée face à des dizaines de combattants qui avaient projeté depuis plusieurs mois de prendre la ville.

Depuis au moins trois ans, l’armée philippine a lancé des offensives pour s’emparer de lui. En janvier, il a été blessé lors d’une frappe aérienne à Lanao del Sur. Son bras droit est un Malaisien, Mahmoud Ahmad, qui pourrait prendre sa succession s’il devait disparaître.

Deux autres groupes, moins influents, ont rejoint la bannière de l’État islamique : les Combattants islamiques de la liberté de Bangsamoro (BIFF), un clan dissident du Front Moro islamique de libération (MILF), et l’Ansarul Khilafa des Philippines (AKP), qui compte des Indonésiens et a établi des liens avec la Syrie.

Le but des combattants de l’État islamique est la reconnaissance par Abou Bakr al-Baghdadi des Philippines, ou de Mindanao, comme un wilaya, une province islamique." Ce n’est pas encore à portée de main.

Les gouvernements de la région redoutent surtout la contagion d’un terrorisme islamiste sans frontière.

Sources : Dépêches AFP
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