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Venezuela : Goldman Sachs accusé d'être complice du régime

En ligne le 2 juin

manif contre Goldman Sachs Le 30 mai, à New York, des manifestants se réunissaient devant le siège de Goldman Sachs pour dénoncer la complicité de la banque avec le régime dictatorial. "Une dictature est-elle, s'interrogeait Stéphane Lauer correspondant à New York du journal Le Monde le 31 mai, un objet de spéculation comme un autre ?"  C’est en effet la question à laquelle Goldman Sachs a été sommée de répondre, ce 29 mai, alors qu’elle était prise à partie par l’opposition vénézuélienne, après le rachat massif par la banque d’affaires américaine d’obligations émises par le régime de Nicolas Maduro. "Il est évident que Goldman Sachs a décidé de faire de l’argent rapidement au détriment de la souffrance du peuple vénézuélien", écrit Julio Borges, le président de l’Assemblée nationale, contrôlée depuis décembre 2015 par l’opposition, dans une lettre adressée à Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs.

Cette réaction fait suite aux révélations du Wall Street Journal, qui a affirmé, le 28 mai, que la banque américaine avait acheté, pour 865 millions de dollars, des obligations émises par la compagnie pétrolière publique vénézuélienne, Petroleos de Venezuela SA (PDVSA), d’une valeur faciale de 2,8 milliards de dollars (2,5 milliards d’euros). Ces titres, qui arrivent à échéance en 2022, étaient détenus par la banque centrale vénézuélienne à la suite d’un placement privé réalisé en 2014. Goldman Sachs a ainsi obtenu une ristourne de 31 % par rapport au prix auquel s’échangent actuellement les obligations vénézuéliennes d’une maturité équivalente, ce qui devrait permettre à la banque d’obtenir un rendement annuel de 40 %.

"Bouée de sauvetage financière" Le jour de la transaction, le 25 mai, les réserves de la Banque centrale du Venezuela ont fait un bond spectaculaire, passant de 442 millions de dollars à 10,8 milliards, donnant ainsi une bouffée d’oxygène au pouvoir en place.

"La bouée de sauvetage financière lancée par Goldman Sachs au régime servira à renforcer la répression brutale qui s’abat sur les centaines de milliers de Vénézuéliens manifestant pacifiquement pour un changement politique dans notre pays", accuse M. Borges.

Le Venezuela, fragilisé par la chute des cours du pétrole et la gestion calamiteuse du gouvernement, est en proie à une grave crise sociale et politique. A court de ressources financières, le pays a été obligé de réduire ses importations de 70 % en trois ans, provoquant d’importantes pénuries de nourriture et de médicaments. Depuis le 1er avril, les affrontements entre la population et les forces de l’ordre ont fait 60 morts et un millier de blessés, tandis que quelque 3 000 personnes ont été arrêtées.

"Situation complexe et évolutive" Dans ce contexte, M. Maduro cherche par tous les moyens à rembourser les dettes du pays de peur que les créanciers ne saisissent les exportations de pétrole. Selon le cabinet Nomura Securities, le Venezuela va dépenser cette année autant pour le service de sa dette que pour la totalité de ses importations hors énergie, soit une dizaine de milliards de dollars.

Goldman Sachs a confirmé lundi soir avoir acheté ces obligations pour le compte de ses clients. Le groupe s’est toutefois défendu d’avoir eu des interactions avec le gouvernement vénézuélien. "Nous reconnaissons que la situation est complexe et évolutive et que le Venezuela est en crise. Nous convenons que la vie doit s’y améliorer et nous avons effectué cet investissement en partie parce que nous pensons que ce sera le cas", se défend la banque dans un communiqué. "Beaucoup d’investisseurs réalisent chaque jour des investissements similaires", fait valoir GS. Il y a quelques jours, Ricardo Hausmann, ex-ministre vénézuélien de la planification et aujourd’hui économiste à Harvard, a appelé JPMorgan à sortir du marché des obligations vénézuéliennes. Mardi, une trentaine de manifestants de l’association SOS Venezuela se sont réunis devant le siège de Goldman Sachs à Manhattan en scandant : "Honte à Goldman Sachs."

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