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Venezuela : un État mafieux, corrompu et corrupteur

En ligne le 1er juin

MaduroLe défunt président vénézuélien, soulignait récemment Paulo Paranagua dans Le Monde où il observe l'imposture populiste, "Hugo Chavez prétendait faire profiter les pauvres de la manne pétrolière. Il n’en a rien été". Ceci permet de comprendre la nature des manifestations qui se succèdent contre son successeur, Nicolas Maduro.

Au Venezuela, en effet, les manifestations contre le régime en place se multiplient, malgré une répression brutale laquelle a fait quelque 100 morts en deux mois parmi les manifestants.

À la fin des années 1990, un lieutenant-colonel parachutiste, Hugo Chavez, arrivait au pouvoir par les urnes, après avoir échoué à le faire par les armes. Il avait promis de combattre la corruption. Pendant sa longue présidence (1999-2013), le cours du pétrole est passé de 8 dollars le baril à 150 dollars. La manne pétrolière dont il a bénéficié a dépassé les 1 100 milliards de dollars. La moitié de cette somme ne figurait pas dans le budget de l’État, basé sur un cours du brut systématiquement sous-évalué, ni dans les comptes publics.

Cette fortune a été versée à des cagnottes opaques, utilisées de manière discrétionnaire. Elle a alimenté le clientélisme chaviste et arrosé les soutiens du régime des deux côtés de l’Atlantique, qu’ils soient hommes politiques ou affairistes, journalistes ou universitaires. En Argentine, une douanière zélée a découvert une valise provenant de Caracas avec 800 000 dollars, en pleine campagne pour la réélection de la présidente Cristina Kirchner.

En Espagne, la presse a coincé des dirigeants de Podemos (gauche radicale) qui avaient omis de déclarer des sommes reçues du Venezuela. Contrairement aux pots-de-vin versés par l’entreprise brésilienne Odebrecht, aucune comptabilité de ces malversations n’a été tenue… Une chance pour les thuriféraires du chavisme. Le Venezuela est un Etat corrompu et corrupteur.

Après quarante ans de démocratie civile, Hugo Chavez a remis en selle la tradition militariste du pays. Les militaires vénézuéliens se posent en sauveurs de la patrie. Avec le chavisme, ils ont goûté aux joies de l’affairisme. Ils se sont enrichis grâce aux achats d’armement, ont participé à des trafics d’armes, de drogues et de denrées alimentaires, alors que les Vénézuéliens subissent des pénuries. Ils ont leur propre entreprise d’exploitation pétrolière et minière. Le tiers des ministres, de nombreux gouverneurs et chefs d’entreprises publiques sont des gradés. Le Venezuela est devenu un Etat militaire.

L’enrichissement vertigineux de la nouvelle bourgeoisie "bolivarienne" a stimulé les appétits du crime organisé. Au lieu de le combattre, le populisme s’est appuyé sur la pègre, qui tient les prisons et contrôle des territoires. Les "collectifs" chavistes armés, chargés des basses œuvres du régime, sont à la frontière de la politique et de la délinquance. L’explosion du nombre d’homicides – 21 752 en 2016, selon la procureure générale de la République, beaucoup plus selon des ONG – est le symptôme des déchirements du tissu social et d’une déliquescence des institutions.

Un État mafieux. La plupart des juges sont provisoires et amovibles, soumis au pouvoir. Le président de la Cour suprême a un casier judiciaire, avec deux homicides. Le terroriste vénézuélien Carlos, trois fois condamné à la prison à perpétuité en France, est un héros pour les chavistes. Pendant longtemps, le territoire vénézuélien a été la base arrière de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Il est toujours la plate-forme du trafic de stupéfiants vers l’Europe. Maintenant, des Vénézuéliens sont impliqués dans un trafic de passeports au Moyen-Orient. Le Venezuela est un Etat mafieux.

Hugo Chavez a, en son temps, respecté les résultats électoraux tant qu’ils lui étaient favorables. Ce n’est plus le cas de son successeur, Nicolas Maduro. D’aucuns ont cru voir dans le bricolage institutionnel d’Hugo Chavez une forme de démocratie participative, capable de rééquilibrer la démocratie représentative.

En fait, il a vidé de substance l’une et l’autre. Hugo Chavez n’était pas un bâtisseur, il faisait le vide autour de sa personnalité charismatique, au point de compromettre son héritage. Sa Constitution stipule l’existence de cinq pouvoirs au lieu de trois : les autorités électorales sont censées être autonomes, tandis qu’un "pouvoir moral" regroupe le parquet, le médiateur et la Cour des comptes. Or la séparation des pouvoirs n’existe pas : l’exécutif commande au nom de la "révolution bolivarienne" et de "l’unité civico-militaire". Le Venezuela n’est pas un Etat de droit.

Le chavisme a ruiné le Venezuela pétrolier. Hugo Chavez prétendait aider les pauvres avec ses programmes clientélistes. Le populisme, la gabegie et les malversations ont plongé dans la pauvreté les trois quarts des Vénézuéliens, privés d’aliments, de médicaments et désormais du droit de vote, puisque les élections sont remplacées par une Assemblée constituante désignée par les corporations et les "communes", les unités chavistes de base, au lieu du suffrage universel. Face à cette dérive dictatoriale, on assiste, depuis début avril, à un printemps vénézuélien. Le régime réprime et ses "collectifs" tuent par balles les opposants ou les mécontents qui manifestent dans la rue. On déplore déjà 37 morts.

Hugo Chavez et Nicolas Maduro ont cherché une légitimité révolutionnaire du côté de Cuba. Fidel Castro a joué son rôle de mentor à l’égard de l’ancien président vénézuelien en échange de pétrole à prix d’ami et de devises sonnantes et trébuchantes pour ses services de santé. Le "socialisme du XXIe siècle" d’Hugo Chavez s’est donc construit sur les vestiges du stalinisme du XXe siècle et une régression nostalgique vers le nationalisme du XIXe et le culte laïque de Simon Bolivar, le héros de l’indépendance. Le chavisme a ruiné le Venezuela pétrolier en moitié moins de temps que Fidel Castro l’a fait à Cuba, alors que l’économie cubaine avait pour seul carburant le sucre. Le populisme est la grande imposture idéologique du XXIe siècle.

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