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Iran : une défaite des totalitaires

En ligne le 23 mai

Rohani vainqueur de l'élection iranienneAlors que l'imprévisible diplomatie de M. Trump applaudit au régime saoudien, et le soutient face à l'Iran, des voix s'élèvent pour remarquer que Téhéran n'a plus pour président Mahmoud Ahmadinejad.

Dans Le Figaro le 22 mai, Renaud Girard va jusqu'à suggérer que "la victoire d'Hassan Rohani à la présidentielle iranienne est l'occasion pour la France de devenir leader en Occident du rétablissement des ponts culturels, politiques et économiques entre l'Europe et la Perse."

"La République islamique d'Iran, rappelle-t-il, vit sous un curieux régime. Son principe est le 'Velayat-e faqih', c'est-à-dire le principe d'une tutelle des théologiens sur le système politique"

Dans sa campagne électorale de 2017, opposé au conservateur religieux Ibrahim Raïssi, le président Rohani a eu le courage de s'en prendre au pouvoir judiciaire, lui reprochant de maintenir une chape de plomb sur la société iranienne.

Les faits sont sacrés les commentaires sont libres. Sans adopter nécessairement ici le point de vue de Renaud Girard soulignons cependant qu'il s'est passé un événement capital en Iran avec la réélection de Hassan Rohani, les choix des électeurs ayant été extrêmement clairs.

Voici comment le décrit Georges Malbrunot, envoyé spécial du Figaro à Téhéran : Le président sortant l'emporte avec 57% des voix, face au conservateur Ebrahim Raissi. La politique d'ouverture de l'Iran devrait se poursuivre.

Hassan Rohani a magistralement transformé l'essai. Le président sortant a été élu pour un second mandat de quatre ans avec une confortable majorité de votants. Le religieux modéré, partisan d'une ouverture contrôlée de son pays sur le monde, obtient 57 % des voix ; son adversaire, Ebrahim Raissi, un religieux lui aussi mais conservateur, seulement 38%, selon les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur. Par rapport à sa première élection en 2013, Hassan Rohani gagne cinq millions de voix.
"L'Iran est un grand pays", a réagi le président sortant sur son compte Twitter. "C'est vous les vrais vainqueurs de l'élection. (...) Je tiendrai les promesses que je vous ai faites. "

En début de soirée, plusieurs centaines de jeunes ont célébré la victoire de Rohani en remontant la rue Vali Asr, la grande artère de Téhéran. Mais plus qu'un soutien au président réélu, il s'agissait surtout de lui rappeler certains de ses engagements pris pendant la campagne. "Libérez Mir Hossein, libérez Mir Hossein et Karroubi", scandait la foule. Allusion aux deux figures de l'opposition, assignées à résidence depuis 2011.

"Depuis 2009, tout le monde attend l'occasion de manifester", s'écrie un de ces jeunes, en référence à la violente répression qui avait suivi l'élection truquée de Mahmoud Ahmadinejad contre Mir Hussein Moussavi en juin 2009. La police, présente sur le parcours, laissait faire. Tandis que les partisans de Hassan Rohani avaient pris soin de ne brandir aucun portrait de MM. Moussavi et Karroubi. Dans d'autres lieux de Téhéran, des rassemblements se sont également formés. Une façon de rappeler au nouveau président les difficiles chantiers qui l'attendent.

73% de taux de participation au scrutin. Les partisans d'Hassan Rohani se sont massivement mobilisés, à l'occasion de ce premier scrutin présidentiel après l'accord nucléaire signé en 2015 entre l'Iran et les grandes puissances. La participation a atteint près 73 % des inscrits. Quarante des 56 millions d'électeurs ont voté. C'est huit points de plus qu'à la dernière présidentielle de 2013. Jusqu'à vendred soir tard, d'importantes files d'attentes se sont formés devant les bureaux de vote, à Téhéran notamment, la capitale acquise au camp Rohani. Pour permettre aux Iraniens d'accomplir leur devoir électoral, leur ouverture avait dû être prolongée à deux reprises, jusqu'à minuit.

Jusqu'à vendred soir tard, d'importantes files d'attentes se sont formés devant les bureaux de vote, à Téhéran notamment, la capitale acquise au camp Rohani. "Je suis très contente que Rohani ait gagné, confie Farzaneh, une étudiante, j'ai voté pour lui, il est meilleur que les autres, on ne veut pas de retour en arrière". D'autres Iraniens sont toutefois plus tempérés. "Raissi obtient quand même 15 millions de voix, c'est beaucoup, affirme un intellectuel. Cela veut dire que la longue campagne menée par la télévision d'État contre Rohani depuis 2015 a porté ses fruits. Et comme la priorité de Raissi était d'apporter des aides directes aux pauvres, cela veut dire que cette question des laissés-pour-compte devra être traitée sérieusement par Rohani", ajoute-t-il. En fait, les conservateurs restent sur leur score de 2013 où leurs quatre candidats avaient réunis près de 16 millions de voix.

Une victoire de la grande nation iranienne. Dès vendredi soir, la victoire de Hassan Rohani semblait évidente. Samedi matin, son premier vice-président, Es-Hagh Jahanghiri, devança l'annonce officielle pour féliciter Hassan Rohani de sa victoire, à laquelle il contribua en se retirant de la course en début de semaine. "C'est une victoire de la grande nation iranienne", ajouta-t-il.
Très peu d'incidents ont émaillé le scrutin, même si vendredi soir, le camp Raissi a dénoncé des infractions lors du vote. Signe toutefois d'une certaine nervosité du régime, ses principaux dirigeants avaient reçu ordre de ne pas parler à la presse étrangère, ces derniers jours.

La réélection de Rohani pour un second et dernier mandat devrait lui permettre de poursuivre sur la voie de l'ouverture économique, et peut-être d'une certaine dose de libéralisme politique, des dossiers sur lesquels le président sortant a plutôt déçu, depuis 2013.

Mais pour avancer et satisfaire son électorat, avide de mieux vivre, rappelle Le Figaro encore faudra-t-il qu'il obtienne l'aval du guide suprême et numéro un du régime, l'ayatollah Ali Khamenei, détenteur de l'essentiel des pouvoirs en Iran.

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