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Espagne : le virage contestataire du parti socialiste

En ligne le 22 mai

SanchezAvec Pedro Sánchez, souligne François Musseau, correspondant de Libération à Madrid ce 22 mai 2017 le Parti socialiste espagnol prend un virage contestataire. Avec 50 % des suffrages des militants, en effet, le nouveau secrétaire général du PSOE, dont les thèses sont proches de Podemos, a terrassé l’ultra favorite, Susana Díaz :

Le mouvement anti-élite qui parcourt le monde occidental vient de faire des ravages au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Dimanche, à l’issue de primaires très attendues, le candidat de "la base", à la tête du parti pendant deux ans avant de démissionner en octobre dernier, l’a emporté haut la main sur l’option préférentielle de "l’appareil" de la formation, l’establishment, les barons régionaux et les vieux briscards, notamment les anciens chefs du gouvernement José Luis Zapatero et Felipe González.

"Nous allons rénover en profondeur le parti", a clamé Pedro Sánchez, sourire triomphal, allures de jeune premier, accents révolutionnaires. Avec 50% des suffrages exprimés par les quelque 188 000 militants, le futur secrétaire général a terrassé l’ultra favorite, Susana Díaz, la présidente de la région Andalousie, bastion par excellence des socialistes espagnols. "C’est une victoire du bas sur le système, le pouvoir financier, l’élite politique, les huiles médiatique", écrit l'éditorialiste du journal El Mundo.

Chemin de croix. Le triomphe de Pedro Sánchez s’inscrit dans un contexte de profonde décadence de ce parti centenaire qui, depuis le retour de la démocratie en 1978, a été le garant d’une social-démocratie modérée et moderne. Mais, depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en décembre 2011, les socialistes ont parcouru un chemin de croix, jusqu’à aujourd’hui – au total, ils ont perdu quatre scrutins consécutifs (dont les législatives de juin 2016, loin derrière la droite et talonnés par Podemos) et environ 6 millions de suffrages.

Une saignée qui traduit le dilemme fatal que connaissent tous les partis socialistes européens : ou bien maintenir une ligne historique de modération, qu’une bonne partie de la population, qui a souffert de la crise économique, ne supporte plus ; ou bien opérer un virage à gauche, avec le risque d’un aventurisme redouté par de nombreuses personnes. Contre Susana Díaz, c’est ce dernier choix qu’ont fait la majorité des militants, en préférant Pedro Sánchez, qui se targue de "ne dépendre d’aucun pouvoir", "de ne rien devoir à aucun leader historique, aucune multinationale ou groupe de pression".

Échiquier bouleversé. "Avec la victoire de Sánchez, commente l’éditorialiste José Antonio Zarzalejos, c’est tout l’échiquier politique qui est bouleversé. Le mouvement socialiste s’est radicalisé, cela va créer une périlleuse tension entre les forces politiques." Première conséquence : le conservateur Mariano Rajoy, qui gouverne en minorité depuis le début de l’année grâce à l’abstention du parti socialiste lors de son investiture, perd de sa marge de manœuvre. "Cela va être désormais très difficile de faire des accords pour légiférer", confiait dimanche un ténor du Parti populaire, qui dispose de deux alliés incommodes, les centristes-libéraux de Ciudadanos (dans la ligne d’En marche), et les nationalistes basques, disposés à monnayer leur soutien contre de juteuses contreparties financières.

Deuxième conséquence : Pedro Sánchez, dont les thèses sont proches de celles de Podemos, a le souhait de faire tomber le gouvernement de Rajoy, "qui donne honte aux Espagnols tant il est corrompu", via une motion de censure. Et de former un gouvernement alternatif avec Pablo Iglesias, le chef de file de Podemos. Une formation, rappelle Libération, qui est un allié potentiel mais aussi un authentique frère ennemi…

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