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Venezuela : le naufrage interminable du chavisme

En ligne le 19 mai

Manifestation populaire à caracas réprimée par la garde nationale vénézuélienneLes lecteurs habitués de nos chroniques savent l'intérêt que nous portons au Venezuela. Or, il se trouve que depuis la mort de Chavez en 2013 et son remplacement par Maduro son fidèle disciple, formé lui-même à Cuba, les choses n'ont cessé de s'aggraver.

Dans ce pays, dont on ne répétera jamais assez que détenant d'immenses ressources pétrolières il importe désormais de l'essence raffinée, la crise a d'autres racines que celles décrites avec retard par la partie des médias la plus complaisante et la plus mal informée.

Magdalena Relle fait partie des rares correspondants de presse osant mettre en cause la réalité du régime chaviste se disant  "bolivarien". Elle dresse ainsi le tableau de la situation dans Le Figaro  :  "Le pouvoir durcit la répression,  résume-t-elle, alors que le pays s'enfonce dans la misère et les pénuries."  :

"Les policiers étaient là, sur le pont, en uniforme de la Garde nationale bolivarienne. Ils ont tiré sur Miguel, je les ai vus", raconte Luis Aroche, 48 ans, anti-chaviste fervent qui n'a  "pas manqué une seule manif depuis le début".

La crise politique et économique frappant le Venezuela s'est accentuée ces dernières semaines avec des rassemblements quasi quotidiens réclamant le départ du président Nicolas Maduro, successeur de Hugo Chavez. Face aux milliers de civils, police, garde nationale bolivarienne (GNB) et  "collectifs", milices armées fidèles au régime, matent la fronde avec des moyens musclés. Des dizaines de morts, et 1 990 personnes interpellées dont 650 sont encore incarcérées, selon l'ONG Foro Penal.

La sensation de se heurter à un mur. Dernier développement en date : le recours aux tribunaux militaires pour juger ces civils arrêtés lors de manifestations. Une  "pratique des dictatures", selon le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA).

Sous le pont routier, Luis Aroche évoque le sujet.  "Je connais un jeune qui a été interpellé par sept hommes masqués. Un tribunal militaire l'a accusé de trahison à la patrie et vol d'armement, et a requis dix-huit ans de pris

Pour autant, très nombreux sont ceux qui ne prennent pas part aux rassemblements jugés trop risqués. Orlando, la cinquantaine râblée, n'est pas un froussard. Mais ces manifestations,  "c'est bien trop dangereux". Comme beaucoup, il reste chez lui, et il attend. Il espère – quoi ?

"Ça va péter."  C'est ce que tout le monde dit ici – mais personne ne sait comment, ni avec quelles conséquences. Depuis plus d'un an, chacun prédit que  "ça va péter". Et rien n'a vraiment changé. Sauf en pire.

Tristes Caraïbes.  Le pays s'enfonce dans une spirale surréaliste. Les chiffres de l'économie seraient comiques s'ils n'étaient pas si dramatiques: de début décembre à fin février, le pays a connu l'équivalent d'un taux annuel d'inflation de 932 % d'après l'agence financière Bloomberg, qui a inventé un indice spécial Venezuela.

Les files d'attentes, préalables à l'achat de tout produit subventionné, continuent d'envahir les rues de Caracas. Acheter du pain relève du parcours du combattant. Beaucoup vont le ventre vide ou font les poubelles. D'autres s'accommodent comme ils le peuvent, devenus experts dans l'art du troc ou du marché noir. Les médicaments se font de plus en plus rares, des actes médicaux de base sont rendus impossibles par les pénuries. Et l'hémorragie d'habitants se poursuit: tout le monde ici a un fils, un cousin ou un ami qui a quitté le pays.

Pendant ce temps, les camions de la Garde Natinale Bolivarienne sont garés un peu partout dans la ville. Des escouades de policiers à moto, ou en tenue antiémeute, appuyés sur leur bouclier dans l'attente de la prochaine confrontation qui ne manquera pas d'avoir lieu. À l'aube, des conteneurs avaient été déposés sur les ponts routiers et certaines avenues pour bloquer le passage, en prévision d'une  "manifestation du troisième âge". Ils sont bien capables de s'en prendre aux petits vieux", lâche une sexagénaire remontée contre "ce cochon de Maduro". Le climat général est celui d'une veille de guerre civile. Ou peut-être a-t-elle déjà commencé.

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