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Défense: les cyber-armées en ordre de marche

En ligne le 12 mai

AhokOn parle chaque jour de cyber–guerre. Quoi de plus logique, remarque Jean-Claude Verset, dès lors, que la mise en place de cyber–armées. On assiste, depuis quelques semaines, à la mise en place, dans tous les pays d’Europe, d’un nouveau corps de combattants, comparable aux armées de terre, de l'air et de la marine. C’est la cyber-armée.

C’est le cas, en France, depuis décembre dernier, lorsque le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, a annoncé la création d’un corps de "combattants numériques". Il y a quelques jours à peine, c’était l’Allemagne qui lançait sa quatrième armée baptisée KdoCIR (Commandement Cyberespace et Information). Sa mission est de protéger la Bundeswehr contre les attaques informatiques.

L’Akademgorodok forme les soldats de la cyberguerre de Poutine L'Allemagne est le premier pays des 28 à s’être doté d'une force informatique séparée. On sait que c’est déjà le cas aux USA avec la SNA et au sein de la CIA, mais les plus organisés sont les Russes qui ont créé une cité scientifique perdue en Sibérie. L’Akademgorodok forme les soldats de la cyberguerre de Poutine. Des centaines de hackers s’y préparent à défendre le régime. Un concept qui rappelle la base de Peenemünde qui réunissait tous les savants allemands – dont Von Braun – chargés de développer des fusées telles que la fameuse V2 ou encore la cité académique russe proche de Novossibirsk.

En Belgique, le 28 avril, le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) a créé son premier "cyberplan national d'urgence" et avalisé un accord de coopération avec l'Otan permettant l'envoi d'équipes spécialisées en cas de cyberattaques.

La cyberguerre a déjà commencé. Le terrain de bataille des soldats des temps modernes sera celui du cyberespace contre les systèmes informatiques des ennemis. Et le conflit a déjà commencé.

À elle seule, la Défense allemande a subi, les neuf premières semaines de cette année, 284 000 cyberattaques. En Belgique, en 2016, la "Computer Emergency and Response Team" (CERT) a recensé en moyenne 1 300 notifications et infractions cyber chaque mois.

Il y a un an, la Corée du Nord a attaqué le monde bancaire via le réseau de transactions Swift, effectuant des faux virements pour des centaines de millions de dollars. L’attaque a frappé les banques du Bangladesh, de Russie, du Vietnam, de Norvège, …18 banques au total. Le cyber-sabotage de Sony Pictures est aussi attribué à la Corée du Nord.

Mais la guerre se fait dans les deux sens : Washington est accusé de pirater actuellement le programme de lancement des missiles nord-coréens. Comme il le fit contre le développement nucléaire iranien.

La NSA et la CIA s’introduisent dans les serveurs Windows ou Linux pour obtenir des informations et exploiter de nombreuses failles.

Wikileaks pointe du doigt de nombreux outils qui visent les systèmes d’exploitation Windows ou Linux, soit pour espionner leurs utilisateurs, soit pour extraire des données en douce. Facebook a annoncé jeudi qu'il renforçait sa sécurité pour contrer les efforts de gouvernements de répandre de fausses informations sur son réseau. Comme ce fut le cas de Donald Trump durant la campagne présidentielle.

Et cette guerre va très loin, puisque la CIA s’est même attaquée aux téléviseurs connectés de Samsung pour écouter ce qui se déroule dans la pièce.

Il faut aussi se souvenir que le risque informatique dépasse le domaine des serveurs et des réseaux. Aujourd’hui l’informatique est partout. Dans les bateaux, les avions, et surtout dans l’équipement des soldats de terrain. L’équipement du militaire en campagne est tellement connecté que le fantassin est une adresse IP à lui tout seul. Attaquer cet équipement revient à rendre le soldat inopérant.

Une guerre qui crée de l’emploi La mise sur pied d’une cyber-armée est aussi un phénomène créateur d’emplois. Et dans des quantités qui pourraient se révéler importantes. La France a annoncé la formation de 2 600 "combattants numériques" d’ici 2019. Quant aux cyber-soldats allemands qui sont aujourd’hui 260, ils passeront à 13 500 hommes à l’horizon 2021. Autant que les effectifs de la marine allemande.

Proportionnellement, la Belgique suit le même schéma. Depuis avril, le service de renseignement de l'armée belge a entamé le recrutement de près de 50 personnes, dont des 'inspecteurs' et onze experts en cyber-sécurité. Le Service général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS) cherche à recruter 36 inspecteurs "pour recueillir des informations sur des personnes, des groupes, des organisations et des événements". Il est trop tard pour postuler, les candidatures devaient être envoyées au Selor avant le 24 avril et les premiers recrutements sont prévus pour l'automne 2017. La Défense a bouclé le recrutement de onze experts en cyber-sécurité. Chez nous on parle davantage de défense que d’attaque. Il s’agit de "protéger nos réseaux militaires et nos armées" contre des attaques cybernétiques.

Mais le plus spectaculaire, vient, une nouvelle fois de Russie. Le pays compte 1 000 cyber-soldats clandestins recensés dont certains sont recrutés par le gouvernement. La Russie est le troisième pourvoyeur de cyberattaques au monde derrière la Chine et le Brésil.

Qui va contrôler les cyber-soldats ? Les cyber-militaires fonctionnent comme les autres corps d’armée. En Allemagne, par exemple, toute offensive visant des infrastructures à l'étranger devra être approuvée par le Bundestag. C’est comparable en Belgique, ou l’armée dépend d’un ministre et d’un gouvernement. Une cyber-armée n’est pas une armée parallèle.

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