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Afghanistan: 144 morts dans une attaque des talibans

En ligne le 27 avril

Mazar e-TarifL'attaque par un commando taliban contre une base militaire en Afghanistan a fait 144 morts, a indiqué le 25 avril un responsable du Pentagone. S'exprimant sous couvert d'anonymat, indique l'AFP, ce responsable a ajouté qu'environ 60 membres des forces de sécurité avaient en outre été blessés dans cette attaque, l'une des plus meurtrières conduites en Afghanistan, contre des civils ou des militaires.

Les autorités afghanes n'ont pas encore établi de bilan officiel, se limitant à faire état "de plus de 100 soldats tués et blessés". Selon les différentes sources, l'attaque aurait fait entre 130 et 160 tués, principalement de jeunes recrues. Elle a été perpétrée par un commando d'une dizaine de talibans portant des uniformes des forces spéciales afghanes contre une des plus grandes bases militaires du pays près de Mazar-è-Charif, dans le nord, à l'heure de la prière. Les soldats ont été fauchés à la mosquée ou au réfectoire, désarmés.

"La raison expliquant qu'autant de personnes aient pu être tuées est que les soldats ne peuvent pas faire entrer d'armes dans la mosquée ou le réfectoire, il y avait un grand groupe rassemblé dans un espace limité, a ajouté le responsable américain. Nous pensons qu'il s'agit d'une opération très bien planifiée, pendant probablement entre quatre et six mois."

Environ 30 soldats de la coalition militaire internationale se trouvaient sur la base au moment de l'attaque, a-t-il précisé, mais ces derniers n'étaient là qu'en qualité de formateurs ou de conseillers et n'ont donc pas participé aux opérations pour repousser l'assaut, qui a duré environ six heures.

Ces militaires étaient probablement américains ou allemands, mais il pourrait y avoir aussi d'autres nationalités, a ajouté le responsable.

L'armée afghane a rarement essuyé une défaite aussi sanglante et humiliante en seize années de guerre. Les talibans ont pénétré à l'heure de la prière, en milieu de journée, sur la base de Camp Shaheen qui abrite le 209e corps près de Mazar-e Charif. Camp Shaheen est un centre d'entraînement pour jeunes recrues. La violence de l'attaque et le fait que les victimes sont en majorité de jeunes soldats inexpérimentés portent un coup supplémentaire au moral des troupes qui n'a cessé de se dégrader depuis le départ des forces combattantes de l'Otan en décembre 2014. Les pertes n'en finissent pas de grimper. L'an dernier, l'armée et la police ont recensé près de 7 000 hommes tués au combat. Environ 12 000 autres ont été blessés. `

Et la corruption sape la confiance du personnel. Ce phénomène a pris une telle ampleur que beaucoup d'officiers n'ont aucun scrupule à gonfler les effectifs de leur unité pour toucher la solde de soldats fantômes. Depuis 2002, le gouvernement américain a déboursé 70 milliards de dollars pour équiper les forces de sécurité. Or, ce matériel qui échoue souvent dans le camp adverse. Beaucoup de recrues se plaignent régulièrement de ne pas recevoir leur salaire à temps et de ne pas être autorisés à partir en permission. Les insurgés profitent à plein de ce ras-le-bol généralisé. Lors d'une conférence organisée au Center for Strategic and International Studies de Washington en janvier, John Sopko, le directeur du SIGAR, qui contrôle l'usage de l'aide américaine en Afghanistan, a indiqué que les commandants talibans avaient reçu l'ordre d'acheter les armes, les munitions et le carburant directement auprès des soldats. Les combattants islamistes estiment que cela leur coûte moins cher et facilite leur approvisionnement.

L'attaque du 21 avril est un désaveu pour le haut commandement militaire, mais elle l'est aussi pour le pouvoir civil. Deux députés ont reproché au président Ghani d'avoir agi par népotisme en nommant à la tête du 209e corps un général qui avait atteint l'âge de la retraite et n'aurait jamais dû être rappelé. Pire, l'assaut des talibans intervient alors qu'à l'automne 2015, le vice-président Abdul Rachid Dostum clamait haut et fort que le Nord-Ouest avait été débarrassé de toute présence ennemie. Dostum venait alors de boucler une campagne militaire de plusieurs semaines qu'il avait supervisée personnellement dans les provinces de Balkh, Sar-e Pol et Faryab, n'hésitant pas à monter en première ligne, casque et gilet pare-balles sur le dos. Il avait conclu la première phase de cette opération très médiatisée en organisant un défilé triomphal à Kaboul, perché sur un véhicule blindé. Cette victoire a donc été aussi illusoire qu'éphémère.

C'est ainsi un pays en plein désarroi qui a accueilli le 24 avril le général James Mattis. Le secrétaire américain à la Défense était à Kaboul pour rencontrer le président Ashraf Ghani et le général Nicholson, le commandant en chef de l'Otan sur place. L'armée et le gouvernement doivent faire face à la colère de l'opinion publique après l'attaque des talibans.

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