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Recul historique de la CGT

En ligne le 31 mars

Martinez vs Laurent BergerSelon les chiffres annoncés ce 31 mars par la direction générale du travail, la CFDT est devenue la première centrale syndicale française, devant la CGT. L’ensemble des centrales réformistes progresse, au détriment des plus radicales.

On peut parler d'une victoire de Laurent Berger. Les commentaires dominants la présentent comme un séisme dans le paysage syndical français. Mais en réalité le phénomène remonte à de nombreuses années.

Son commentaire sur twitter est clair : "La CFDT devient le 1er syndicat dans le privé ! C'est historique ! Mes premières pensées sont pour les militants, cette victoire est la leur."

Quoi qu'il en soit, c'est bien la première fois depuis la naissance à la fin du XIXe siècle du syndicalisme français, que la CFDT, dont Laurent Berger est le secrétaire général, détrône la CGT avec 26,37 % des suffrages, contre 24,85 % pour la centrale de Montreuil. Le leader cégétiste Philippe Martinez a pris les devants, annonçant lui-même ces résultats, juste avant leur publication par la direction générale du travail (DGT).

Cette instance mesure tous les quatre ans le poids des syndicats en France, à partir de leurs résultats aux élections professionnelles parmi les salariés du privé. Depuis la loi de 2008 sur la représentativité syndicale, l’audience électorale est mesurée en agrégeant les résultats des élections "collectives" dans les TPE (moins de 11 salariés), qui se sont tenues à la fin de l’année dernière, et ceux des scrutins dans chaque société d’au moins 11 salariés.

En 2013, lors de la dernière mesure, la CGT, bien qu’en recul, gardait encore une petite longueur d’avance (27,7 %) sur sa rivale réformiste (27 %). L’écart de deux points, en sens inverse, est donc un vrai signe de changement. La chute de la CGT est artificiellement amortie par son résultat factice dans les TPE, où elle est, certes, arrivée en tête avec 25,12 % des suffrages – mais avec un niveau record d'abstentions de 92 %, ce qui correspond à une représentativité réelle à hauteur de 2 % des salariés des TPE. C’est dans les sociétés de plus de 11 salariés que la CFDT a marqué sa différence. Elle gagne en quatre ans, 103 000 voix, alors que la CGT en perd 2103. Dans les entreprises publiques et chez les personnels à statut, la CGT reste première.

Son érosion lente continue d'ailleurs dans ses bastions traditionnels, comme EDF ou la SNCF.

À vrai dire, la CFDT n’est pas le seul syndicat "progressiste" qui gagne du terrain. La CFE-CGC, le syndicat des cadres, mais aussi l’Unsa ont gagné des voix. Ce signal est important et montre que la seule contestation ne fait plus recette aujourd’hui chez les salariés. Au total, le bloc réformiste (avec en plus la CFTC), totalise 41,21 % des suffrages, face au camp des contestataires (CGT et FO) qui atteignent 40,44 %.

La direction de la CFDT a de quoi être d’autant plus satisfaite que l’année dernière, lors du conflit sur la loi El Khomri, la centrale avait été largement prise à partie pour son soutien au texte.

Accusée de trahison syndicale, faisant l’objet de saccages de certains de ces locaux, la CFDT avait été malmenée. Elle avait été aussi accusée de trop de proximité avec le pouvoir socialiste. Mais la constance de sa ligne, réaffirmée par Nicolas Notat, par François Chérèque récemment disparu, puis depuis fin 2012 par Laurent Berger, a visiblement payé, tout comme son travail de terrain auprès des salariés, pendant que la CGT s’enfermait et s’enfonçait dans ses luttes internes.

Ce résultat est aussi important à considérer aux yeux des observateurs politiques. Alors que des réformes à venir sont évoquées par les candidats, dont François Fillon ou Emmanuel Macron qui veulent faire "redescendre" une partie du dialogue social dans les entreprises, il montre que les salariés du privé sont largement prêts à chercher des accords avec leurs directions.

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