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Un opposant russe réfugié en Ukraine assassiné

En ligne le 27 mars

Denis VoronenkovDenis Voronenkov, un ancien parlementaire russe, qui s’était réfugié en Ukraine et était devenu une figure majeure de l’opposition, a été assassiné à Kiev devant l’hôtel Premier Palace, un lieu très fréquenté par les hommes d’affaires ukrainiens comme par les VIP étrangers. Son garde du corps a été blessé dans l’attaque et son assaillant, touché lui aussi lors de l’échange de coups de feu, est décédé à l’hôpital. Le président ukrainien, Petro Porochenko et le Procureur général, Youri Loutsenko, ont accusé la Russie d’avoir orchestré ce coup, digne de la pègre. Voronenko avait témoigné à charge contre Victor Yanoukovitch, l’ancien président ukrainien, lors de son procès en trahison au sujet de l’annexion de la Crimée de 2014.

Voronenko avait pris la citoyenneté ukrainienne après que Maria Maksarova, sa femme, parlementaire elle aussi, et lui aient fui en Ukraine l’année dernière. Porotchenko a qualifié ce meurtre d’"un acte de terrorisme d’Etat de la part de la Russie qu’il avait été obligés de fuir pour des raisons politiques"

Le meurtre "portait clairement l’empreinte des services secrets russes qu’on a déjà vu opérer dans différentes capitales européennes" a dit encore M. Porotchenko. Il a ajouté que l’explosion simultanée d’un dépôt de munitions ukrainienne n’était pas une coïncidence. Mais il n’a pu avancer de preuves sur ce point. Selon Youri Loutsenko, le mobile du crime est à chercher soit dans les témoignages à charge de Porotchenko contre Yanoukovich, soit dans les preuves qu’il détenait de la corruption des services de sécurité russes.
Evidemment, le Kremlin a qualifié d’ "absurdes" les accusations d’implication russe dans le meurtre. Le Ministre des Affaires étrangères russes a dit qu’il était "sous le choc" et a lancé un appel à une enquête impartiale.

Voronenkov et Mme Maksakova, chanteuse d’opéra et membre du Parti Russie Unie, du Président Vladimir Poutine, étaient devenus célèbres pour avoir été les premiers parlementaires venant de différents partis, à se marier.

Le parcours de M. Voronenkov n’a cependant pas été toujours limpide. Il était en particulier  à l’origine d’une loi limitant la propriété de médias par des étrangers, ce qui avait permis à des proches du Kremlin, d’accroître leur contrôle sur la presse. Il avait été aussi suspecté, il y a quelques années d’implication dans une affaire de fraude sur des biens immobiliers mais il avait affirmé que ces poursuites étaient politiquement motivées et il avait rapproché la Russie de Poutine de l’Allemagne nazie.

Une fois en Ukraine le couple avait effectué un tournant à 180° dans leur vie politique, dénonçant l’annexion de la Crimée et affirmant que leurs votes en faveur de l’envoi de troupes russes en Ukraine étaient un montage du Kremlin. Des officiels russes avaient appelé à ce que le couple soit jugé pour trahison. Mais ce dernier avait aussi provoqué la colère de nombreux Ukrainiens par leur vote en faveur de l’annexion de la Crimée par la Russie. On les accusait de chercher des appuis en disant à Kiev ce qu’on voulait y entendre.

"L’Ukraine et l’Occident avait un besoin pressant d’une victime sacrificielle, a affirmé publiquement Alexander Khinstein, un autre parlementaire russe. Les ennemis de la Russie avaient plus besoin de lui mort que vivant".

Voronenkov a été tué alors qu’il avait rendez-vous dans l’hôtel Premier Palace avec un autre ex-parlementaire russe réfugié en Ukraine, Ilya Ponomaryov, lui aussi exilé en Ukraine.

Tous deux, par leurs témoignages précis, avaient permis aux officiels ukrainiens de soutenir que le projet de main mise sur la Crimée remontait aux premiers jours de la révolution de Maidan, en 2013.

(D’après Roman Oearchyk et Max Seddon,
Financial Times 24 mars 2017)
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