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violence en algérieViolence montante en Algérie

En ligne le 1er mars

L’Agence France-Presse a donné récemment un coup d’éclairage sur la violence non de la banlieue parisienne ou marseillaise, mais algéroise.  Le journal sud-coréen de langue anglaise, le Korea Herald le reprend dans un article sinon objectif, du moins distancié (1) : l’Algérie, vue depuis Séoul, c’est loin en effet, et même un rien exotique. Mais ce qui s’y passe est inquiétant.

La violence urbaine est en hausse et un certain nombre d’experts lient cette violence à un sentiment d’insécurité générale remontant à la guerre civile dans les années 1990 ainsi qu’au développement anarchique de villes déshéritées en marge des grandes villes, comme celle d’Ali Mendjeli où a été menée l’enquête.

La population de l’Algérie est montée en flèche, de 9 millions d’habitants quand le pays obtient l’indépendance en 1962, à plus de 40 millions en 2016.

Le boom démographique et un rapide exode rural ont créé une pénurie aigue de logements. En 2000, le gouvernement lança un programme de construction de 2 millions de logements à l’horizon 2019. Mais de nouvelles villes comme Ali Mendjeli ont été construites "sans aucune logique territorial et environnementale", explique Nadir Djermoune, un professeur d’architecture à l’Université de Blida, au sud-ouest d’Alger.

"Plutôt que des espaces urbains, ces villes sont devenues des communautés marginalisées où la violence des bandes est courante, dit-il."

Le professeur Rachid Belhadj, chef du service médico-légal au CHU Mustapha Bacha à Alger les désigne comme des "ghettos" où la violence croît "comme un cancer".

"La violence était déjà présente auparavant mais c’est son usage par des bandes organisées qui nous préoccupe", ajoute-t-il.
Behadj, dont le service examine les victimes de violences pour vérifier leurs affirmations avant qu’elles déposent plainte à la police, dit que le nombre de gens passant par son service a bondi en une décennie, de 2 500 à 6 000 par an.

Il n’existe pas de statistiques officielles sur le taux de criminalité, mais selon le Ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, le relogement de gens qui vivaient dans des bidonvilles, a "causé des frictions parmi les jeunes". Une habitante, Karima, dit sa peur de voir ses enfants prendre de la drogue et laisser tomber l’école.

Au contraire de ce qui s’est passé dans de nombreux pays de la région, dont ses voisins comme la Libye et la Tunisie, l’Algérie est restée relativement stable depuis les soulèvements du 'Printemps arabe' de 2011.

Les revenus pétroliers élevés permirent d’augmenter massivement les salaires et les subventions, aidant ainsi à éviter les désordres qui agitèrent d’autres parties de la région.

Mais la chute de 2014 des prix du pétrole brut a frappé de plein fouet le budget, forçant Alger à augmenter les taxes sur les produits de première nécessité.

Et par dessus tout, le chômage des jeunes a atteint 26,7% en septembre 2016, selon les données officielles, dans un pays ou un quart de la population est âgé de 15 à 29 ans. Ces difficultés économiques ont poussé de nombreux jeunes dans le trafic de drogue et le kidnapping, affirme Fatma Oussedik de l’Université d’Alger. "Mais le lien fondamental qui les unit, dit-elle, c’est l’insécurité qui les met en dehors de la société".

"Ce qui nous inquiète c’est qu’ils se constituent en gangs organisés pour le racket et les attaques de banques" renchérit Belhadj. "Pour le moment, c’est encore sporadique, mais ça devient une façon de réagir à la crise".

Quelques experts lient cette violence montante et la guerre civile entre le gouvernement et les groupes islamistes armés, au cours de laquelle furent tués 200 000 personnes dans les années 1990.

Les Algériens nés au début de la guerre civile ont environ 25 ans  et beaucoup, alors d’âge scolaire, ont été les témoins  d’extrêmes violences. "Ce qui a laissé un profond traumatisme dans une population vers laquelle on ne s’est pas encore tourné de manière adéquate," à en croire le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à la santé, Dainius Puras, en visite à Alger l’an dernier. "Le  nombre de suicides décline, mais la violence contre soi-même s’est tournée en violence contre les autres."

Note :
(1) 1er février 2017

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