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Dalil Boubakeur

Dalil Boubakeur dénonce la Fondation de l'islam de France

En ligne le 31 janvier

La nouvelle Fondation de l'islam de France, créée à l'initiative du gouvernement français, ne permettrait qu'un "contrôle de l'islam par l'État" plutôt qu'autre chose, a estimé le 31 janvier Dalil Boubakeur, président de la Fédération de la Grande Mosquée de Paris.

Dans un entretien réalisé par l'agence turque Anadolu, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, la plus grande institution musulmane en France, est revenu sur sa récente annonce du retrait des travaux de la Fondation de l'islam et la mainmise que le gouvernement souhaiterait avoir sur l'islam par le biais de cette dernière.

"Les rapports entre l'islam et l'administration ont toujours été des relations de confiance et des relations où l'administration a essayé les conditions de la pratique musulmane, qu'il s'agisse de halal, pèlerinage ou encore de la construction des mosquées", soutient Boubakeur, tenant pourtant à souligner que depuis les attentats terroristes qu'a connus la France l'opinion a beaucoup évolué avec des discours d'hommes politiques et du gouvernement "assez durs" concernant l'islam.

Les hommes politiques ont depuis demandé aux musulmans d'aller défiler pour protester contre les attentats terroristes et rejeter l'extrémisme, tout en essayant de contrôler l'administration de l'islam, rappelle le recteur.

Cette nouvelle fondation, qui a officiellement vu le jour en décembre dernier par la parution d'un décret à cet effet au Journal officiel, s'inscrit ainsi dans cette "nouvelle logique relevant d'une volonté de gérer l'islam par l'administration", estime-t-il.

"On réunit des personnes laïques pour parler des questions religieuses relatives à l'islam. Comme nous, d'autres fédérations de mosquées, qui savent ce qu'est l'islam, n'ont pas été impliquées dans cette initiative", déplore Boubakeur.

Et le recteur de renchérir : "Nous avons vu une nouvelle manière de vouloir gérer l'islam par l'administration, pas selon les musulmans mais selon les laïques et les gens qui connaissent mal l'islam. Nous avons donc laissé l'administration faire son expérience et décidé de garder notre neutralité. Je préfère rester neutre jusqu'à ce qu'on voit si ce qu'ils font est un bien ou un mal pour l'islam".

Boubakeur se montre tout particulièrement critique à l'égard des "nouvelles règles" sur la composition du conseil d'administration de la Fondation de l'islam, qui ont réduit le nombre des membres de sa fédération, tout en excluant les autres mosquées de France, au profit d'individus "laïcs", donc en dehors du fait musulman.

"Ce ne sont pas des laïcs qui dirigent ni le christianisme ni le judaïsme ni le protestantisme", s'exclame encore Boubakeur, fustigeant les appels lancés par les hommes politiques sur l'adaptation de l'islam à la laïcité, sans s'adresser aux autres religions.

"On dit que l'islam doit s'adapter à la laïcité. Or, moi, je pensais que l'islam n'avait rien à voir avec la laïcité, la laïcité c'est l'État et l'islam c'est la religion", argue-t-il.

Cette insistance particulière sur l'islam refléterait la volonté des hommes politiques d'encadrer les musulmans "dans une logique d'assimilation" au-delà d'une intégration, estime encore Boubakeur, faisant part de ses craintes de voir une "diminution de la liberté de pratiquer le culte musulman".

L'intégration parfaite des musulmans au sein de la société française ne serait donc pas suffisante aux yeux des hommes politiques, note Boubakeur, donnant un exemple sur son parcours personnel.

"Je suis médecin, j'ai passé toute ma vie à étudier dans les facultés françaises, soigner des Français mais il parait que cela ne suffit pas. Il parait qu'il faut être encore plus assimilé ou répondre plus aux exigences de l'administration", soutient-il.

Interrogé plus particulièrement sur les futures élections présidentielles françaises et l'éventuelle arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, Boubakeur se montre inquiet sur le sort des musulmans, qui risqueraient d'être tous confondus dans une vision "radicale" ou "héritée des attentats".

"Marine Le Pen affirme qu'elle n'est pas pour l'extrémisme, l'islam politique ou encore le wahhabisme. À mon avis, cela sera difficile de faire la différence entre les musulmans wahhabites, sunnites ou chiites, c'est-à-dire entre les différentes visions de l'islam car elle ne connaît pas l'islam"< : em>, indique Boubakeur.

Et de poursuivre : "Cela représenterait donc une menace pour les musulmans dans le sens où ils seront englobés dans une vision salafiste, radicale ou héritée des attentats qui ont eu lieu et considérés comme des gens à part, dangereux".

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