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andré chassaigneLe PCF et Mélenchon: les hauts et les bas

25 janvier 2017

Les relations entre les communistes et le candidat qu'ils soutiennent, Jean-Luc Mélenchon, n'ont cessé de se dégrader au cours de l'année 2016, le PCF se trouvant pratiquement contraint d'accorder des parrainages à leur étrange et incontrôlable allié.

Le 16 janvier, Libération considérait ainsi, à propos des investitures en vue des législatives que "le Parti communiste se rebiffe face aux injonctions de Mélenchon." :

Une relation de couple bizarre, avec très peu de hauts et beaucoup de bas. D’un côté, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. De l’autre, Pierre Laurent et le Parti communiste français. Parfois, ils s’affichent ensemble. D’autres fois, ils polémiquent à distance. Courant janvier, on a assisté à un mélange de deux attitudes.

L’année avait débuté par les vœux de Jean-Luc Mélenchon : Pierre Laurent est au premier rang. La semaine suivante, c’est ceux de Pierre Laurent : Jean-Luc Mélenchon sèche. Une situation qui exaspère plusieurs cadres du PCF, mais pas le patron du parti. Il regarde ailleurs.

Charte Mais, dernièrement, un nouveau dossier s’est invité entre les deux. Et pas des moindres : les élections législatives. La France insoumise a décidé d’investir un candidat dans chaque circonscription. Comprendre : investir des candidats face aux communistes, alors que ces derniers soutiennent Mélenchon à la présidentielle. Comment éviter cette dispersion ? Jean-Luc Mélenchon demande aux candidats communistes - et à tous ceux qui souhaitent s’allier à lui - de signer sa "charte". Laquelle comprend un rattachement financier à la France insoumise (à laquelle les futurs élus devront verser une partie de leurs indemnités) et l’identification graphique, avec un label France insoumise obligatoire sur les affiches et les tracts. Mieux, la charte impose à tous les futurs députés de "respecter la discipline de vote du groupe lorsqu’une décision collective a été prise conformément au programme "l’Avenir en commun". La fronde n’existe pas. Évidemment, le PCF refuse de la parapher. Un cadre : "Signer cette charte revient à signer la mort du PCF. Nous avons nos élus sur le terrain, on travaille et on cherche des solutions afin de trouver des accords avec nos partenaires. Mais ça ne passera pas par les forces et les menaces."

En attendant, la France insoumise est passée aux actes. Le porte-parole de Mélenchon, Alexis Corbière, va candidater à Montreuil. Une circonscription "gagnable". Le tout, sans prévenir les communistes. Et une des figures emblématiques du PCF, chef de file des communistes au Palais-Bourbon André Chassaigne, voit arriver un candidat de la France insoumise sur ses terres, dans le Puy-de-Dôme. Selon la Place du Colonel-Fabien, il paye ses sorties à répétition contre Mélenchon. Chassaigne est furieux.

Lundi, Pierre Laurent a convoqué la presse. Le patron des communistes a rappelé que son parti a "ratifié les 253 premières candidatures pour les législatives". Puis il a entamé son refrain, auquel il croit avec force, malgré les désaccords au sein de la gauche : celui du "rassemblement". Sauf que c’est mal barré et que les communistes ne savent pas jusqu’où peut aller Mélenchon. Certains pensent qu’il fera un point au premier tour de la présidentielle. "S’il est très haut, il voudra s’imposer. S’il est bas, les choses changeront", veut croire un élu. De son côté, le porte-parole du PCF a déclar : "Nous ne sommes pas obnubilés par la France insoumise. Personne ne se couche le soir en ayant peur de faire des cauchemars." Peut-être. Mais tout le monde ne passe pas des nuits paisibles

L'Humanité présente les choses quelque peu différemment non sans une once de langue de bois :

"Les candidatures que le PCF désigne ne sont pas le point final à (ses) efforts de rassemblement, elles sont mêmes très souvent le moyen d’ouvrir et d’élargir le débat avec toutes les forces en présence (…)"

Lors de sa conférence de presse du 16 :janvier, Pierre Laurent avait ainsi présenté la démarche des communistes pour la présidentielle et les législatives appelant, face au risque de division, "chacun à prendre sa part de responsabilité".

C'est en effet à l’issue du Conseil national réuni les 14 et 15 :janvier que le secrétaire national du PCF présentait la campagne du parti pour la présidentielle et les législatives :

C’est, a-t-il déclaré, une "campagne de propositions en lien avec la vie des Français, loin de la campagne très déconnectée, hyper présidentialisée qui tient à l’écart de manière assez spectaculaire le débat avec les citoyens". Et de présenter les rendez-vous de campagne du PCF et les 253 candidats qu’il a investis lors de son Conseil national (cf. l’Humanité du 16 janvier). "Nous considérons que les deux élections doivent être d’égale importance et elles dessineront ensemble – et non pas l’une sans l’autre ou l’une après l’autre – les contours de la nouvelle majorité politique qui gouvernera notre pays", a-t-il ajouté.

Interrogé sur de possibles candidatures concurrentes du PCF et de la la France insoumise sur une même circonscription – la France insoumise ayant aussi investi une série de candidats, y compris sur des circonscriptions comptant des députés communistes sortants -, Pierre Laurent a affirmé que "c’est évidemment un risque à combattre" sous peine d’élimination. "Nous, nous avons pris nos responsabilités, a-t-il poursuivi. Nous avions les moyens de présenter une candidature à la présidentielle et nous avons décidé de privilégier l’effort de rassemblement, en appelant à voter Jean-Luc Mélenchon. Nous avons pris notre part. A chacun de prendre la sienne".

"La bataille est suffisamment difficile pour que nous ne divisions pas nos forces." Après avoir rencontré Ensemble, le PCF avait à nouveau rendez-vous avec EELV puis avec la France insoumise. "Les candidatures que le PCF désigne ne sont pas le point final à ses efforts de rassemblement, elles sont mêmes très souvent le moyen d’ouvrir et d’élargir le débat avec toutes les forces en présence (…) pour figurer au deuxième tour des élections législatives et dans le maximum de circonscriptions l’emporter", a déclaré le sénateur de Paris expliquant "buter" avec la France insoumise sur "des portes fermées" au plan local et sur le fait que son parti ne souhaite "pas entrer dans des discussions avec comme préalable la signature de la charte" – voulue par la France insoumise – puisque sa formation entend rester "libre et indépendante", a-t-il précisé refusant toute "dissolution" et la "dimension très centralisatrice qui ne fait plus partie de la culture" du PCF. Et de fixer les priorités pour les communistes : "Nous ne comprendrions pas le sens de candidatures concurrentes dans des circonscriptions avec des députés sortants ou dans celles où nous sommes en position de reconquérir un siège de député. La bataille est suffisamment difficile pour que nous ne divisions pas nos forces", a conclu Pierre Laurent.

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