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Tareck El AssainiNote sur le nouveau vice-président vénézuélien

En ligne le 10 janvier 2017

La nomination de Tarek el Aissami le 4 janvier à la vice-présidence du Venezuela est une décision importante de Maduro, comme le souligne notre chronique. Elle est même grave. Comme l’indique le correspondant d’El Pais à Caracas, le 6 janvier 2017, Tarek El Aissani, fils de Druzes nés au Liban, est l’auteur de l’ascension la plus vertigineuse dans la hiérarchie chaviste. Député  de l’Assemblée nationale, sa carrière s’est déroulée au Ministère de l’intérieur, qu’il a dirigé de 2008 à 2012, ainsi qu’à la tête de l’Etat d’Aragua, au centre du pays.

Sa toute fraiche nomination aux portes de la présidence signifie, pour l’opposition, la fin de tout espoir d’un processus de démocratisation du pays commençant par un referendum révocatoire. S’il était encore possible d’en organiser un et que Maduro le perde, c’est El Aissami qui aurait pris les rênes. Mais à s’en tenir à la lettre de la loi, il est trop tard pour organiser une élection, Maduro étant entré dans la quatrième année de son mandat.

Il est donc surtout important de savoir, comme le dit El Pais, que "peu de chavistes causent plus de répulsion dans l’opposition" que ce nouveau vice-président. "El Aissami comprend la politique comme une lutte fratricide. Qui pense autrement que lui n’est pas un adversaire mais un ennemi. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir son compte twitter : il attaque généralement de manière grossière les dirigeants qui s’opposent à lui et il insulte les journalistes critiques".

El Pais rapporte aussi les facilités accordées par El Aissami aux trafiquants de cocaïne, les enquêtes conduites sur lui par des juges américains pour narcotrafic et blanchiment d’argent.

"A la mort de Chavez, en mars 2013, apparurent des fractures dans la coalition qui l’appuyait. El Aissami décida de se maintenir aux côtés de Maduro parce qu’il incarnait sa vision de la gestion de l’Etat". Il souscrit en effet "à l’idée que Maduro fait face à une guerre économique suscitée par les secteurs de la production" et à une guerre politique de l’opposition pour renverser au gouvernement.

Au lendemain de cette nomination de Tarek el Aissami, l'agence Reuters faisait ainsi le point de la situation : L'opposition au Venezuela a repris, écrit Reuters, avec la nouvelle année, son offensive pour contraindre le président Nicolas Maduro, qu'elle accuse de tendances dictatoriales, à quitter le pouvoir.

Julio BorgesL'occasion lui en a été fournie le 5 janvier avec la prise de fonction du nouveau président du Congrès, assemblée que l'opposition contrôle depuis la fin 2015.

Julio Borges, 47 ans, a dans son discours d'investiture vivement critiqué le gouvernement et accusé le président Maduro "d'abandon de ses responsabilités."

Le Venezuela traverse une grave crise économique, avec une inflation à trois chiffres et des pénuries de biens de première nécessite. Les manifestations contre le gouvernement sont fréquentes, amenant Nicolas Maduro à se dire victime d'une soi-disant "guerre économique".

"Nous avons les plus grandes réserves en hydrocarbures au monde et les gens en sont pourtant réduits à se nourrir en faisant les poubelles", a déclaré Julio Borges.

"Les personnes âgées s'évanouissent dans les files d'attente pour obtenir de la nourriture, des médicaments. C'est comme si nous étions victimes d'une malédiction", a-t-il ajouté.

"Que faire alors face à un gouvernement passé de l'autoritarisme à la dictature ? (...) Lutter, sans crainte, et partout, pour préserver la Constitution, le Venezuela et le droit de vote", a-t-il encore dit.

L'opposition a échoué l'an dernier à obtenir un référendum de révocation du président Maduro, qui est au pouvoir depuis avril 2013 et la mort de Hugo Chavez. Son mandat s'achève normalement dans deux ans, en janvier 2019.

On ignore concrètement quelle mesures elle entend prendre cette année pour changer la donne politique.

En attendant, Julio Borges s'est adressé à l'armée, sachant qu'elle est un des piliers du chavisme. "Ne pas vouloir regarder la tyrannie en face est un déni face à l'Histoire et va contre votre raison-d'être", a-t-il dit à l'adresse des militaires. "Voulez-vous être les fiers héritiers de l'armée de libération de Simon Bolivar, ou qu'on se souvienne de vous comme seulement les gardiens de Nicolas Maduro ?"

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