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Venezuela : la pénurie des billets de banquesVenezuela : la crise des billets de banques

29 décembre 2016

À nouveau ce 29 décembre, Maduro a différé le retrait des billets de 100 bolivars. Il s'agit des coupures les plus utilisées dans les transactions en liquide au Venezuela. Le 11 décembre, le président Nicolas Maduro annonçait le retrait sous soixante-douze heures de ces coupures en raison de leur faible valeur sur fond d’inflation galopante.

Face à de violentes manifestations, Maduro avait finalement, déjà différé au 2 janvier le retrait de ces billets.

Et le jeudi 29 décembre, lors d’une allocution radiotélévisée, il annonçait une nouvelle prolongation : "J’ai décidé par décret l’extension jusqu’au 20 janvier de la validité des billets de 100 bolivars (...) afin que tout le monde passe une fin d’année bien tranquille."

Aujourd’hui, le billet de 100 bolivars ne vaut plus qu’environ 0,03 dollar sur le marché noir (0,15 dollar au cours officiel), il permet à peine de s’acheter un bonbon. Et il en faut 500 pour avoir un hamburger.

Cette annonce coïncide avec la mise en circulation d’un premier lot de nouveaux billets. "Sont arrivées 2,9 millions de coupures de 20 000 bolivars pour une valeur de 58 milliards, et 4,5 millions de 5 000 bolivars pour une valeur de 22,5 milliards de bolivars", a déclaré le vice-président de la banque centrale, José Khan, à la télévision d’État. Il a ajouté que 60 millions de coupures de 500 bolivars étaient en outre arrivées ces jours derniers au Venezuela. Ces billets ne sont cependant pas encore parvenus dans les poches des Vénézuéliens et seules des pièces de 50 bolivars ont commencé à circuler. "La date exacte de mise en circulation des nouveaux billets sera annoncée en janvier", a dit le chef de l’État dans son allocution du palais présidentiel.

"Mission accomplie !", avait pourtant déclaré fièrement le président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro, lors de son émission télévisée dominicale du 18 décembre. Le pouvoir serait parvenu à "frapper les mafias" en retirant dans l'urgence les billets de 100 bolivars du marché.

Le dimanche précédent, les Vénézuéliens avaient appris avec surprise qu'ils avaient 72 heures pour déposer à la banque leurs coupures de 100. Le désordre avait atteint son apogée avec le retard de livraison des nouvelles coupures, comprises entre 500 et 20 000 bolivars. Elles devaient arriver le jeudi. La première cargaison de billets n'est parvenue au Venezuela que le dimanche. Aux longues files d'attente devant les banques et à la nervosité des clients s'ajoutaient, dans plusieurs villes du pays, de violentes scènes de mise à sac de magasins. L'AFP évoque au moins un mort lors de ces pillages.

Nicolas Maduro a justifié sa mesure radicale du 11 décembre par un complot cherchant à asphyxier l'économie vénézuélienne : "Les bureaux de change [en Colombie] sont aux mains de mafias liées à l’extrême droite antivénézuélienne et ils ont monté une manipulation politico-idéologique […] centrée sur l’extraction des billets de 100 bolivars." Les médias proches du gouvernement ont relayé des photos de hangars pleins à craquer de billets. Des milliards de bolivars en coupures de 100 seraient ainsi retenus et soustraits à l'économie. Le billet, qui ne vaut plus que 4 centimes de dollars au marché noir, serait même utilisé pour fabriquer de faux billets verts.

Le gouvernement prend ainsi acte que le pays est à court de liquidités. Dans ce pays qui, d'après le FMI, devrait connaître une inflation de 475 % en 2016, ce billet de 100, jusqu'alors la plus haute coupure, est utilisé pour tous les achats, même les moins onéreux, comme la baguette de pain à 185 bolivars. Il faut plus de 11 billets pour payer son café au lait.

Dans l'histoire des effondrements économiques cette crise des billets de banque fera date.

Sur le fond, le problème reste entier : le Venezuela ne sombre pas du fait des billets de 100 "bolos", il sombre, comme le souligne Jean-Baptiste Mouttet envoyé spécial de Mediapart à Caracas, "emporté par la corruption et la fuite des capitaux".

Nicolas Maduro avait présenté sa décision comme un énième épisode de la "guerre économique" que mèneraient délibérément les ennemis du chavisme pour se débarrasser de lui. Que la frontière avec la Colombie soit un haut lieu de trafic de marchandises et de spéculations sur la monnaie ne fait certes aucun doute. Mais le premier ennemi de la révolution bolivarienne est l'appât du gain par tous les moyens, facilité par un système que le chavisme a lui-même construit.

"Avant Chavez, la corruption concernait les onze ministères du gouvernement. Aujourd'hui, nous avons un système conçu pour être corrompu : pour obtenir un document, pour acheter des aliments, pour acheter des dollars, pour les vendre", affirme Wilmer Téllez, criminologue. Dans son rapport annuel sur la "perception de la corruption", en 2015, l'ONG Transparency International classe le Venezuela à la 158e position sur 168 pays

Alors que toute une partie de l'extrême gauche française regarde encore le Venezuela et Cuba avec les yeux de Chimène, observait-il le 24 décembre, sa conclusion est sans appel : "Plus la crise s'approfondit, plus la corruption qui gangrène le Venezuela apparaît au grand jour. Le gouvernement a beau jeu de pointer du doigt la 'guerre économique's. Mais c'est toute l'organisation économique du pays ainsi que son système de taux de change qui favorisent la fuite vertigineuse de capitaux et tous les trafics."

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