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Lénine déboulonné de son piédestalIl y a 25 ans : La fin du communisme

En ligne le 23 décembre 2016

"Cela fait 25 ans, le 25 décembre 1991, rappelle notre ami Antonio Elorza, professeur émérite de l’université Complutense de Madrid,  que le président Gorbatchev a annoncé la dissolution de l’URSS".  Nous reproduisons ci-dessous en français de larges extraits de sa tribune du 23 décembre dans le quotidien El Pais, tribune qui se poursuit ainsi : "La chute commencée deux ans auparavant dans les démocraties populaires parvenait à sa conclusion logique : la fin du communisme soviétique.  À cette trajectoire semblait même participer la Chine dans la mesure où nous ne percevions pas que Tien An Men avait été le mur sur lequel s’étaient fracassées définitivement les perspectives démocratiques".

On ne donnait pas cher du castrisme non plus…

"Mais, souligne-t-il, le dernier mot n’avait pas encore été dit comme nous en avait prévenu le chef de la Stasi, Markus Wolf, après la chute de la RDA. L’année 1991 conduit à la fin du communisme soviétique et avec elle, à celle de la présence effective des partis héritiers de la IIIe Internationale en Europe. Mais pas à la fin des régimes communistes extra-européens. Sous la direction de Deng Xiao Ping, la Chine reprit l’expérience que la révolution culturelle n’avait pu mener à bien à ses débuts, celle du recours à la discipline confucéenne sans l’ombre du moindre pluralisme politique, en vue d’une croissance économique soumise au monopole du pouvoir du parti communiste chinois.

La Chine fut imitée par le Vietnam et le Laos. De son côté, grâce aux subventions de Chavez, Cuba survécut jusqu’à aujourd’hui. Et en Corée du Nord, s’est affirmée une tyrannie dynastique d’allure belliciste, dessinant un modèle de pays-prison.

Le dénominateur commun à ces Etats fut le recours à une répression permanente. Le formidable succès économique de la Chine a permis de laisser de côté les revendications politiques – sauf à Hong-Kong.  Mais même là où la gestion économique continue d’échouer, comme c’est le cas à Cuba, malgré le ravalement de façade favorisé par Obama, toute ouverture politique reste bloquée. Et comme cela se passait en Espagne avec Franco, les Cubains savent que Raul Castro peut frapper. Le changement d’image à Cuba affecte seulement les médias occidentaux et les investisseurs, mais pas les droits de l’homme.

"Malgré la crise profonde du socialisme réellement existant dans les années 1980, le happy end serait difficilement survenu sans le réformisme de Gorbatchev et sans sa réticence à employer les armes pour la défense des régimes soviétiques. Ce n’est pas pour rien qu’il est si détesté dans son pays. Pensons à l’importance en Russie du sentiment de continuité de l’exaltation nationale, aujourd’hui incarnée par Poutine, lequel, sans doute, en 1989 et en 1991, aurait agi d’une tout autre façon que Gorbatchev. Il y a un fil rouge de l’impérialisme tsariste à Staline et de celui-ci à l’actuel président russe. Staline n’hésita pas à faire l’éloge de la politique tsariste d’expanstruosité de Staline se substituant au communisme authentique de Lénine qui, depuis 1917 fut en fait le créateur conscient d’ion territoriale dont il assuma explicitement l’héritage à partir de 1939 en profitant de toutes les occasions pour élargir ses frontières. Quant à Poutine, du haut de sa position au KGB, il vit dans l’effondrement de l’URSS, ‘la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle’ et ce qu’on peut voir, c’est  qu’il fera tout son possible pour sa restauration au nom de la Russie, sans qu’importent ni les morts ni les violations du droit international. Ses voisins le savent trop bien. 

Les images glorieuses de l’ordre soviétique se sont pourtant effondrées comme  un château de cartes et les merveilles de la RDA chantées par Mundo Obrero (1) , juste avant la chute du Mur (…), furent effacées par la réalité de l’aberrant régime policier de La Vie des autres et d’économies qui ne soutenaient pas la comparaison avec celles de l’Ouest. 

‘Prolétaires de tous les pays, pardonnez-nous’ mettait une affiche dans la bouche de Marx et Engels. Et l’ouverture des archives soviétiques détruisit le mythe de la monstruosité de Staline se substituant au communisme authentique de Lénine qui, depuis 1917 fut en fait le créateur conscient d’un Etat terroriste.

Pourquoi n’a-t-on pas donné sur le communisme l’indispensable clarification ? Il ne sert à rien d’insister sur le fait qu’il voulut l’émancipation de l’humanité puisqu’il a produit le contraire. Mais il est certain en revanche que sa lutte contre des régimes réactionnaires, à condition qu’il ne parvienne pas au pouvoir, a constitué un facteur démocratique de premier ordre du fait de la détermination, de l’engagement et du sacrifice de ses militants » (…) "l’aide fraternelle" du camp socialiste comptaient moins que cette recherche d’une utopique quadrature démocratique du cercle communiste, Antonio Elorza poursuit avec une citation de Togliatti : "Si les communistes ne sont pas les démocrates les plus conséquents, ils seront dépassés par l’Histoire". Mais espérer cette révision tombait bien mal alors que ce courant se trouvait sous la double pression d’un monde occidental dominé par un anticommunisme de guerre froide et de l’offensive permanente menée depuis l’URSS de Brejnev. C’est ainsi que jamais ne se fit l’indispensable rupture du cordon ombilical avec le marxisme soviétique. Sauf au Parti communiste italien, les limitations eurocommunistes ne pouvaient être sauvegardées. On le vit en France avec Georges Marchais, "l’homme de Cro-Magnon de la Gauche" Mitterrand dixit, ou en Espagne, avec un Santiago Carrillo qui prétendait impulser la démocratie "depuis le Parti communiste de toujours", celui de Staline et dans la mesure du possible, à la manière de Staline. (…)

Il faut justement revenir à Lénine pour comprendre jusqu’à quel point le communisme soviétique était irréformable, basé qu’il était sur l’élimination de la démocratie et de tout pluralisme par le biais de la violence d’Etat. Le prouve l’échec des intentions finales de Lénine lui-même de faire du parti "une goutte dans la mer du peuple". Sa dictature du parti-Etat débouchait inévitablement sur Staline.

1991 fut la fin de l’URSS, la mort d’une utopie mais n’a pas signifié la mort du communisme comme le montre la survie directe de son héritage en Chine, au Vietnam ou à Cuba, et indirecte dans des régimes d’oppression et de misère (Venezuela, Nicaragua). Cette fin n’annule pas non plus l’exigence de continuer la lutte contre l’injustice sociale".

Note (1) Organe du PCE, le Parti communiste espagnol

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