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Edgard SnowdenSnowden : traître ou héros ?

En ligne le 7 décembre 2016

Sorti cet automne dans les salles, le dernier film d’Oliver Stone, "Snowden" ne manque pas de susciter bien des questions. Selon une analyse de Evelyne Joslain(1) publiée dans Les 4 Vérités, ce film répond à deux objectifs : 1) persuader que l’ex-agent des services secrets américains réfugié en Russie depuis 2013 est un héros qui aurait agi par altruisme et 2) amener Obama à lui accorder une "grâce présidentielle" avant son départ, ce qui couperait court à toutes poursuites.

Or, "contrairement à ce que croient, écrit Evelyne Joslain, les adolescents jeunes et moins jeunes fascinés par Ayn Rand, le vrai Snowden n’a pas "rendu service" à ses compatriotes" :

Ex-employé de la CIA, puis lié par contrat à la NSA, Snowden est un as de l’informatique (mais tout de même pas le génie supérieur que filme Stone) qui a dérobé des milliers de données classées haute sécurité pour les livrer à la presse.

S’il remet les pieds aux États-Unis (on ne sait toujours pas pourquoi il s’est tourné vers la Russie, mais son visa expire en 2017), la justice l’attend, avec plusieurs chefs d’accusation : vol de la propriété du gouvernement fédéral et espionnage au service de l’étranger – tout cela passible de la peine de mort.

Mike Pompeo à la CIA et le général Flynn à la Sécurité Nationale, fraîchement nommés par le président-élu, ne trouvent pas la Loi sur l’Espionnage de 1917 "démodée". Bien qu’écrite il y a près de 100 ans, elle n’a pas pris une ride.

Bien sûr, il faudra examiner le cas Snowden dans le détail.

D’abord voir s’il est à l’origine de l’application Telegram, créée par deux jeunes informaticiens russes, curieusement en… 2013. L’un d’eux, Pavel Durov, était très admiratif de Snowden. Très prisée des terroristes islamistes pour sa rapidité et son opacité quasi-totale aux services secrets,Telegram comptait parmi ses milliers d’usagers un homme découvert par les services français, Rachid Kassim, recruteur pour le djihad et lié aux meurtres qui ont endeuillé la France l’été dernier : le couple de policiers près de Paris le 14 juin, le prêtre de St-Etienne du Rouvrais le 14 juillet, l’attentat au camion de Nice.

Que Snowden soit responsable ou non de Telegram, plusieurs membres du Comité de surveillance de la Chambre des représentants des États-Unis (auquel Snowden aurait dû se confier en premier) pensent que les fuites volontaires et massives révélant les techniques de surveillance ont permis à Al Qaïda et à l’État islamique d’échapper aux systèmes de détection des services de renseignement occidentaux, et ont ainsi favorisé la tuerie du Bataclan en novembre 2015.

À supposer que Snowden soit étranger à ces crimes-là, il n’en reste pas moins que son action met en péril plusieurs sortes de personnels : militaires en mission, agents infiltrés, diplomates… Une fuite apparemment anodine peut, ou a déjà pu, signifier pour d’autres une peine de mort. Au regard de telles conséquences, les principes "moraux" invoqués par Snowden, "protéger la vie privée de millions de citoyens des invasions étatiques inconstitutionnelles", ne font pas le poids. De plus, en vertu du Patriot Act du 26 octobre 2001, ces ingérences sont légales.

Snowden est-il un espion à la solde de Poutine ? La CIA le pense, car son comportement est assez troublant depuis son stage à Genève en 2007, et il a été réprimandé à plusieurs reprises pour être entré "par inadvertance" dans des systèmes.

On a aussi découvert qu’il a souvent menti ou enjolivé : sur sa santé, sur son statut hiérarchique, sur ses talents… Il n’est donc pas exclu qu’il ait pu agir par narcissisme et paranoïa, ou par pure vanité.

L’affaire montre à quel point l’Amérique est vulnérable, et nous Européens aussi, aux actions des hackeurs, des lanceurs d’alerte auto-proclamés et à une guerre cybernétique en règle. L’affaire souligne aussi la négligence et l’insouciance criminelle, estime Évelyne Joslain, de l’Administration Obama et l’ampleur des restructurations à effectuer dans les services secrets qui sont revenus à l’état d’avant le 11 Septembre. (...)

→ en savoir plus sur le site des 4 Vérités

Note : (1) Évelyne Joslain est l'auteur en 2006 de "L'Amérique des Think Tanks", elle a publié en juin 2016 un "Donald Trump pour le meilleur et pour le pire"

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