Chronique des événements courants

le pseudo-synode fabriqué par Staline en 1946Ukraine : la vérité sur le 10 mars 1946

En ligne le 8 mars 2016

Un certain nombre de personnalités du monde orthodoxe slave diffusent en ce moment un texte parfaitement révélateur de la distance entre les cercles de pouvoir et la conscience chrétienne dans la Russie de Poutine.

Le pouvoir politique y affiche en effet son attachement à une église dont il verrouille les hiérarchies, maintenant sous sa coupe les administrations ecclésiastiques telles que le patriarcat de Moscou et son département des relations extérieures telles que mises en place à l'époque de Staline entre 1943 et 1946.

Dans la crise ukrainienne comme dans ses rapports avec l'Église romaine le patriarcat de Moscou adopte de ce fait une ligne sournoisement accusatrice contre le peuple ukrainien en général.

Il présente ainsi les grecs-catholiques ukrainiens comme une "pomme de discorde". Il demande à Rome de les abandonner, en omettant de reconnaître les crimes du stalinisme à leur endroit, et notamment les effets de leur incorporation de force dans l'Église russe le 10 mars 1946.

Rappelons ici que les grecs-catholiques sont des orthodoxes de l'ouest de l'Ukraine actuelle, qui sans renoncer à leurs traditions, usages liturgiques, etc. ont maintenu, depuis le XVIe siècle, l'Union des Églises dite de Florence (1439-1440) et de Brest-Litovsk (1596). Rappelons aussi que le territoire, alors tchécoslovaque, que l'on appelait "Ruthénie [Ukraine] subcarpathique" avait été livré à Staline par Hitler au moment de leur "pacte" de 1939.

Les considérant comme des frères, quelques jours avant les Vêpres du Pardon, une cérémonie traditionnelle à laquelle les orthodoxes tiennent beaucoup et qui marque le début du Carême, et à l'occasion du 70e anniversaire de ce drame, les signataires du texte ont tenu à déclarer le 7 mars : "Il est urgent pour les chrétiens orthodoxes de reconnaître la terrible vérité du 10 mars 1946".

Le site francophone orthodoxie.com, principale source française d'informations sur le christianisme orthodoxe donne le texte intégral et le nom de premiers signataires : les pères Georges Kovalenko, André Doudtchenko, Michael Plekon, Christophe Levalois, la poétesse et universitaire russe Olga Sedakova, l’historien Antoine Arjakovsky, les philosophes Bertrand Vergely et Constantin Sigov, le président de l’Acer-Mjo Cyrille Sollogoub, l’écrivain américain Jim Forest, l’universitaire Daniel Struve, etc.

On trouvera ci-dessous les extraits de cette tribune :

Le 10 mars 1946, à Lviv, l’Église orthodoxe de Russie a intégré de force l’Église grecque catholique ukrainienne en son sein sous la pression du pouvoir soviétique. Au moment où les participants au synode votèrent les 8 et 9 mars pour la « réunification » de leur Église au patriarcat de Moscou tous les évêques grecs catholiques ukrainiens se trouvaient en prison sous les verrous. Les 216 prêtres et 19 laïcs réunis à la cathédrale Saint-Georges de Lviv par le NKVD, ancêtre du KGB, étaient à la merci d’un « groupe d’initiative » conduit par deux évêques orthodoxes Antony Pelvetsky et Myhailo Melnyk et par un prêtre orthodoxe Gavril Kostelnyk. Les archives révèlent que c’est Staline lui-même qui décida de l’élimination de cette Église grecque catholique ukrainienne en février 1945 douze jours après la conférence de Yalta tenue en compagnie de Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt.

Les historiens et théologiens sérieux n’émettent aucun doute sur le fait que le synode de Lviv des 8-10 mars 1946 de L’Église grecque catholique ukrainienne ne fut qu’un simulacre. Bohdan Bociurkiw, qui fut professeur d’histoire à l’université Carleton d’Ottawa, a écrit une somme à ce sujet qui n’a jamais été contredite. Le pape Benoît XVI a parlé en 2006 d’un « pseudo-synode » ayant « porté gravement atteinte à l’unité ecclésiale ».

Nicolas Lossky, théologien orthodoxe français membre du patriarcat de Moscou, a reconnu lui aussi qu’il s’agissait d’un simulacre. À cause de sa suppression en 1946 et jusqu’en 1989, l’Église grecque catholique, forte de plus de 5 millions de membres en Ukraine, devint de facto, la principale victime mais aussi la principale force d’opposition au régime soviétique à l’intérieur des frontières de l’URSS. Aussi nous appelons les autorités orthodoxes actuelles, en Russie, en Ukraine et ailleurs, à reconnaître la nullité des décisions tragiques du concile de Lviv.

L’Église orthodoxe de Russie dans son ensemble ne peut pas être tenue responsable de décisions prises par des autorités ecclésiastiques manipulées ou terrorisés par le NKVD-KGB. Cependant nous, chrétiens orthodoxes, vivant 70 ans après les événements, nous nous sentons responsables du silence coupable qui entoure la destruction de cette Église par le régime soviétique avec la participation du patriarcat de Moscou. Nous savons que des millions de chrétiens orthodoxes dans le monde condamnent fermement les persécutions anti-religieuses du gouvernement soviétique et de Joseph Djougachvili en particulier. Aussi, en ce jour commémoratif du 10 mars 1946, et à la veille du dimanche 13 mars 2016, dimanche du Pardon dans le calendrier liturgique orthodoxe, nous assurons l’Église grecque catholique ukrainienne de notre solidarité, de notre prière pour toutes les victimes innocentes de cette Église, qui furent emprisonnées, torturées, déportées et assassinées par le gouvernement soviétique avec la complicité du patriarcat de Moscou.

Nous leur demandons humblement pardon pour toutes les injustices dont ils ont été victimes sous couvert de l’autorité de l’Église orthodoxe, et nous nous inclinons devant les martyrs de cette Église grecque catholique ukrainienne.

→ en savoir plus sur le site orthodoxie.com

texte intégral de la tribune en pdf

→ le film d’Antoine Arjakovsky (en anglais, version russe) sur le synode du 10 mars 1946 dont la photographie ci-dessus est extraite.

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