Chronique des événements courants

Petro Porochenko et Jean-Claude JunckerL’Ukraine s’éloigne de plus en plus de Moscou

En ligne le 31 décembre

>L'europessimisme est de mise dans de nombreuses capitales ces derniers temps. Ainsi, commissaire européen l’économie numérique, et membre du parti conservateur allemand, Günther Oettinger, évoquait le 30 décembre une "danger sérieux désagrégation de l'Union Européenne".

Pourtant, Yves Bourdillon dans le quotidien économique les Échos souligne l'importance géopolitique du rapprochement entre l'Ukraine et l'Europe des 28 :

Et Moscou, en effet, ne manque pas de dénoncer les facilités douanières accordées à Kiev, par l’accord d’associationentre l'Ukraine et l'Union Européenne :

Le 1er janvier entrera en vigueur, dans une relative discrétion, l’accord d’association entre Kiev et Bruxelles. Depuis 2013, ce rapprochement est à l'origine de la plus grave crise entre la Russie et les Occidentaux depuis la fin de la guerre froide.

C’est en effet la dénonciation de cet accord par le régime pro-Moscou du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, il y a trois ans, qui avait entraîné la "révolution de Maïdan" et sa chute, suivie en représailles de la décision de Vladimir Poutine d’annexer la Crimée et de déstabiliser l’Ukraine orientale, déclenchant une série de sanctions, boycotts et contre-sanctions entre les pays occidentaux et la Russie.

Une crise diplomatique et commerciale qui résonne encore, avec le prolongement début décembre des sanctions européennes, même si Moscou et les Occidentaux se sont rapprochés en Syrie dans la guerre contre l’État islamique.

L'accord fait entrer l’Ukraine dans la zone de libre-échange européenne, sans pour autant mentionner explicitement des perspectives d’adhésion de Kiev à l’Union, en proie à une grande fatigue de l’élargissement, malgré les attentes de la Pologne et des États baltes. Les droits de douane réciproques devraient être levés progressivement sur sept ans, le temps de permettre à l’Ukraine d’adapter ses règlements et ses normes à ceux de l’Union. Sauf dans l’agriculture, où un système de quotas devrait rester en place. Kiev va bénéficier d’une aide de 1 milliard d’euros par an durant six ans.

Cet accord, très technique puisque tenant sur 2 000 pages, entre en application officiellement à titre provisoire car tous les États membres ne l’ont pas encore ratifié. Les Pays-Bas peuvent notamment organiser un référendum non contraignant. Si l’accord prévoit aussi une coopération en matière de sécurité et de défense, il exclut une intégration pure et simple aux structures euroatlantiques de sécurité, notamment à l’Otan, malgré ce que prétend la Russie.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Moscou s’est opposé bec et ongles à cet accord. Au-delà d’inquiétudes géostratégiques vis-à-vis de l’orientation occidentale du nouveau régime ukrainien, le Kremlin faisait valoir que Kiev ne pouvait pas profiter à la fois d’une zone de libre-échange avec l’Union européenne et d’une autre, déjà en place peu ou prou depuis 2011, avec la Russie. Cela aurait en effet permis aux produits européens d’affluer en Russie sans droits de douane, même si Bruxelles affirmait que cette crainte était très exagérée en raison des règles européennes sur l’origine des produits. C’est d’ailleurs pour prendre le temps de négocier des aménagements avec Moscou que l’entrée en vigueur de l’accord a été reportée de huit mois.

Peine perdue, puisque Vladimir Poutine a signé le 16 décembre un décret rétablissant des droits de douane de 7 % sur les importations d’Ukraine. Une mesure à vrai dire de faible portée pour Kiev puisque le marché russe, qui absorbait jadis le tiers de ses exportations comme le marché européen, ne représente plus que 12 % en raison du caractère acrimonieux des relations entre les deux pays. "Nous sommes prêts à payer le prix pour notre liberté et pour notre choix européen", a d’ailleurs indiqué Petro Porochenko, le président ukrainien.

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