Chronique des événements courants

Vladimir Poutine et Donald TrumpVladimir Poutine, Donald Trump et les réalités économiques russes

En ligne le 29 décembre

Nous portons ici à la connaissance de nos lecteurs le contenu d’une conférence de presse donnée récemment par Vladimir Poutine à Moscou. Le Times en a rendu compte en page 3 de son numéro du 18 décembre. Après une dizaine de jours, elle garde encore tout son sel. C’est Kathrin Hille qui en a rendu compte depuis la capitale russe.

Vladimir Poutine a annoncé aux Russes qu’ils devaient se préparer à un long hiver. Il les a prévenus d’un affaiblissement sensible de leur économie et de la nécessité où ils se trouveront de se serrer encore plus la ceinture.

"L’économie russe a passé le pic de la crise ; non la crise mais le pic de la crise", a dit M. Poutine à des centaines de journalistes hier en prenant ses distances de façon marquée avec son insistance antérieure sur le fait que le pays connaissait certes des difficultés mais pas de crise.

Le président russe fit part de son point de vue lors d’une conférence de presse de fin d’année. Celle-ci toucha un large spectre de questions d’actualité et permit à l’assistance d’assister à un élan d’admiration de Vladimir Poutine pour Donald Trump et à une nouvelle gifle donnée par lui à Tayyip Erdogan.

Qualifiant de "flamboyant" et de "très talentueux" le candidat à la candidature républicaine aux présidentielles américaines, M. Poutine dit ceci de M. Trump : "C’est le leader absolu de la course à la présidence, telle que nous la voyons aujourd’hui. Il dit qu’il veut nouer avec la Russie des relations à un autre niveau, un niveau plus approfondi. Comment ne pas nous en féliciter ?".

En revanche, Vladimir Poutine a poursuivi l’affrontement commencé le mois dernier après que fut abattu par l’armée turque un bombardier russe à la frontière avec la Syrie. "Dans le passé, la Turquie a survolé cette zone et a violé régulièrement l’espace aérien syrien. Qu’ils essaient encore !" a-t-il lancé, menaçant, en signalant le récent déploiement par la Russie de systèmes antiaériens S-400 en Syrie. "Si quelqu’un, à la direction de la Turquie, a décidé d’embrasser les Américains sur une certaine partie du corps, a-t-il ajouté, je ne sais pas s’il y est parvenu", notant encore qu’il ne voyait pas d’espoir d’amélioration des relations avec Ankara.

Répondant à une journaliste ukrainienne, il fit aussi à l’auditoire la surprise d’admettre que des forces spéciales russes avaient œuvré en Ukraine orientale : "Nous n’avons jamais dit qu’il n’y avait pas de gens qui s’occupaient de la résolution de certains problèmes là-bas, y compris dans le domaine militaire, mais cela ne signifie pas qu’il y ait des troupes régulières russes. Vous voyez la différence".

Les nouvelles économiques étaient surtout mauvaises. Le budget du gouvernement pour l’année prochaine devrait être réajusté pour tenir compte de la chute récente des prix du pétrole, a-t-il averti. "Nous avons calculé le budget pour l’année prochaine avec ces nouvelles données – une estimation très optimiste : 50 $ le baril. Mais à quel niveau se tient-il aujourd’hui ? 38 dollars ? Nous serons donc probablement forcés d ‘apporter là quelques corrections", a dit M. Poutine.

Revenant sur un refus réitéré depuis longtemps de poser la question de l’élévation de l’âge de la retraite dans le pays, M. Poutine affirma : "Si nous ne réagissons pas, les rentrées financières du système de retraites vont s’effondrer. Il y a déjà un déficit dans le système des pensions et il nous faut refinancer ce déficit en prenant sur le budget. Des décisions doivent donc être prises en temps utile pour faire en sorte que nous ne détruisions pas le système de pensions dans les 5, 10 ou 15 ans."

Ces remarques suivent les avertissements de ses conseillers économiques confrontés au fait d’une stagnation de la population et à une croissance en baisse. Moscou a besoin de s’occuper des pensions et d’autres réformes structurelles.

On prévoit que l’économie russe, frappée par la baisse des prix du pétrole et les sanctions, se contractera de 3,7 % cette année. Et alors que la baisse de la production industrielle et de l’investissement se ralentit, la hausse des prix de détails a atteint 13,1 % le mois dernier.

Bien que le gouvernement s’attende à une croissance du PNB de 0,7 % en 2016, la Banque centrale a dit que le pays avait un potentiel de croissance de plus de 2 % par an à moyen terme.

On s’attend à ce que les revenus réels par ménage tombent d’au moins 5 % cette année. Une première depuis que M. Poutine a accédé au pouvoir il y a 16 ans. Le niveau de soutien au président continue de se situer à des niveaux record de 80 % mais les sondages montrent une inquiétude et une insatisfaction croissante dans le domaine économique.

Toujours provocateur, il assura enfin que le dirigeant de la Fifa, Sepp Blatter devrait recevoir un prix Nobel "car sa contribution à l’ensemble du monde humanitaire est colossale".

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