Chronique des événements courants

Thierry Lepaon17 août : CGT : quelques questions sur l'affaire Le Paon

On se souvient que le 7 janvier le secrétaire général de la CGT avait été contraint, pour la permière fois depuis un siècle, à la démission. D'étranges demi-révélations sur le coût des travaux de rénovations dans son appartement de fonction mis à sa disposition par la centrale communiste avaient alors rendu impossible son maintien en fonction.

Il déclare aujourd'hui connaître 7 des 9 camarades cégétistes, qu'il qualifie de "traîtres", et qui avaient contacté la presse pour le salir. Mais on attend toujours qu'il dénonce ces traîtres.

Or, en avril, alors même que l'ancien secrétaire général était éliminé une enquête interne à la CGT est aboutie à la conclusion que Lepaon non seulement n'était pas intervenu dans la commande des travaux, mais qu'il ignorait tout de leur coût exorbitant : 130 000 euros pour un appartement de 120 m2.

À l’époque Éric Lafont, trésorier de la CGT avait prétendu que tout était à refaire.

Or il apparaît que l'entreprise prestataire aurait en revanche surfacturé ses interventions. Est-ce une pratique habituelle au sein de la centrale ?

L'enquête interne de la CGT, demandée par el successeur de Lepaon dédouane en effet son ancien dirigeant Thierry Lepaon de toute responsabilité dans l'affaire de la rénovation de son bureau et de son appartement de fonction, annonçait Philippe Martinez le 14 avril, nouveau secrétaire général.

Selon ce document, son prédécesseur n'est aucunement intervenu dans la commande de ces prestations, n'a pas vu les devis et "a découvert les travaux une fois ceux-ci achevés". En outre, l'entreprise avec laquelle la CGT avait l'habitude de travailler aurait surfacturé les travaux. "La Confédération étudie la façon de recouvrir le trop payé et se réserve la possibilité d'utiliser tous les recours juridiques", a précisé Philippe Martinez devant la commission exécutive confédérale. Dans son rapport, qui dédouane donc entièrement Thierry Lepaon) il dit "rétablir la vérité sur les faits et sur l'honnêteté du Secrétaire général".

"La vérité éclate enfin. Je retrouve mon honneur, ma dignité, le fruit de mes engagements", a réagi dans l'ancien "patron" de la centrale. Il s'exprimait, le 15 avril, pour la première fois depuis son éviction dans les colonnes de L'Opinion qui était resté silencieux depuis son éviction. "J'ai le sentiment d'avoir été trahi. Des documents internes à la CGT se sont retrouvés dans la presse. Il y avait pourtant d'autres manières de traiter les sujets qui faisaient débat", a-t-il ajouté.

"J'ai eu affaire à des traîtres dans l'organisation, a-t-il déclaré le 15 août sur France Info. Je sais en grande partie quelles sont les neuf personnes qui sont allées, le même jour à la même heure, dans les trois journaux qui ont parlé pendant plusieurs semaines des affaires". Et de préciser qu'il en connaissait "sept parfaitement", les jugeant alors comme "des militants avides de pouvoir et pas très honnêtes".

"J'ai pensé pendant de longues semaines à essayer de rester debout, poursuivait-il, mais le mal, il a été organisé, il a été extrêmement violent, il a été construit sur une durée pour que ça marque les consciences".

Il estime donc que la CGT doit désormais lui "faire justice", en faisant en sorte que "ces camarades-là n'aient plus de responsabilités dans les années qui viennent". Thierry Lepaon publiera en septembre un livre intitulé "La vie continue". Le leader syndical assure n'avoir "pas de comptes à régler avec la CGT". Toujours adhérent, il a toutefois dit ne pas vouloir occuper un jour de nouvelles responsabilités à la direction.

Demeurent pendantes plusieurs questions dont l'ex-secrétaire général ne détient pas nécessairement la réponse :

- qui a décidé du montant des travaux ?
- qui les a négociés ?
- quelle part les rétro-commissions ont-elles dans le financement de l'appareil cégétiste et communiste ?
- et, bien entendu, quels sont les dénonciateurs qui se sont employés à faire partir Le Paon ?

À noter qu'on a prétendu que l'opération venait des trotskistes. "La CGT : les trotskos à la manœuvre..." pouvait-on lire sur le site du Figaro le 9 décembre 2014 dans un article juxtaposant à la fois le NPA et Lutte ouvrière, union assez exceptionnelle, on doit le reconnaître objectivement.

En attendant d'en savoir plus on admettra qu'a priori cette affaire ne se résume pas à "trotskistes" contre "staliniens" mais plutôt staliniens contre staliniens. L'attitude d'un Lepaon rentrant dans le rang rappelle à cet égard de bien mauvais souvenirs.

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